Repenser les retraites
Un énorme défi à saisir pour recréer de la confiance entre générations.
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Hello les plongeurs,
Les 3/4 des actifs pensent cotiser pour une retraite qu’ils ne toucheront jamais. Pourtant un quart de notre salaire part en cotisations retraites…
Imagine la bombe à retardement que ça crée pour les années à venir... C’est un truc de dingue. La crise de confiance à venir peut être bien plus grosse que la crise du budget.
J’ai longtemps fui ce sujet explosif. Mais comme toujours on peut agir !
Le partenaire du jour : Goodvest
Cet épisode caniculaire complètement fou ne doit pas nous décourager face au dérèglement climatique. Mais il faut passer à l’action !
Est-ce que tu veux vraiment financer ta retraite en plaçant ton épargne dans des projets qui financent un monde déréglé ?
Tous les placements Goodvest sont alignés sur l’Accord de Paris. J’y ai placé mon assurance vie et mon PER :)
Pour passer des paroles aux actes, c’est ici :
Des nouvelles des évènements Plongeoir :
Jeudi et vendredi prochain, c’est Plongeoir live Immobilier à La Trinité sur mer !
On sera une cinquantaine de plongeurs passionnés, convaincus qu’on peut rendre le foncier plus accessible et l’immobilier plus écologique. On peut encore te trouver une place. Si tu veux venir, c’est ici !
Si tu as 30 secondes
Allez c’est parti :
Constat 🧐 : Notre système de retraite repose sur un pacte entre générations : les actifs paient pour les retraités. Sauf qu’on est passés de 4 cotisants par retraité en 1960 à 1,7 aujourd’hui. Il y a eu plus de décès que de naissances en France en 2025. Résultat : le déficit se creuse, et surtout une génération complète a l’impression de cotiser pour une retraite qu’elle ne touchera jamais. Le sujet de la dette, c’est aussi une dette de confiance.
Sujet 🤓 : D’où vient ce système ? Pourquoi la « répartition » plutôt que l’épargne perso ? On t’explique tout, de Colbert à aujourd’hui. Pour enfin comprendre comment ça marche, et ce qu’il va se passer dans les prochaines années.
Solutions 🤝 : Chaque parti politique a ses idées, alors on te propose de faire le tour des grandes options en toute simplicité. Il y a évidemment la grande question de l’âge de départ. Mais il n’y a pas que ça. On peut mieux valoriser l’apport bénévole des séniors, repenser le système de financement, ou encore créer d’autres moyens pour générer de la liquidité chez les retraités.
Défis 💪: Comment on peut concrètement anticiper notre propre retraite, si c’est difficile de compter sur le système actuel ? On a posé des calculs pour te proposer quelques plans sympas. Tout en finançant la transition !
J’ai coécrit cette newsletter avec l’habituelle Julie Vial-Beaubois et notre expert favori de l’épargne durable Gaël Berthélémé.
Psssst : Si tu préfères écouter cette newsletter plutôt que la lire, je te la raconte ici en podcast.
Si tu as 15 minutes
Au programme :
Constat : Le moteur des retraites cale.
Sujet : Comprendre comment se construit ta retraite.
Solutions : Que peut-on faire ?
Défis : Prendre en mains sa propre retraite.
La newsletter sera coupée avant la fin et tu louperas l’essentiel, alors lis-la en ligne ;)
1. Constat 🧐 : Le moteur des retraites cale.
Entrons un peu dans le détail pour comprendre le problème.
Les grandes personnes aiment les chiffres
407 milliards d’euros / an : c’est le budget des retraites. Premier poste de dépense sociale du pays, c’est quasi 6 fois le budget de l’Éducation nationale.
1,7 : nombre de cotisants actifs par retraité. C’était 4 cotisants pour 1 retraité en 1960. Oups. Et ça sera mieux demain ? Perdu, ça sera 1,4 pour 1 en 2070.
-24 % : chute de la natalité en France en 15 ans. 651 200 décès contre 650 400 naissances en 2025. Moins de bébés aujourd’hui, c’est moins de cotisants demain.
5 milliards d’euros : déficit annuel du budget des retraites. C’est pas si énorme je trouve. Mais ça ne va faire que s’aggraver. Et c’est l’arbre qui cache la forêt. Quand un jeune se saigne pour épargner et qu’un quart de son salaire part dans un système auquel il ne croit plus… le contrat social se tend.
37 : nombre de régimes de retraite différents. Le système actuel est quasi illisible. Ça n’aide pas à créer de la confiance. En 2017, l’âge moyen de départ était de 55,7 ans à la RATP, contre 63 ans dans le régime général par exemple. Ces régimes spéciaux disparaissent petit à petit.
Les grandes personnes aiment la confiance.
Quand on s’intéresse au sujet des retraites, il existe un terme clé : le taux de remplacement. Et je te promets que je ne me transforme ni en Jordan B, ni en Eric Z.
Le taux de remplacement, c’est tout simplement le pourcentage de ton dernier salaire que tu touches à la retraite.
Si tu es né en 1940, il était de 77% quand tu as pris ta retraite
Si tu es né en 2000, il sera a priori de 66% quand tu la prendras. C’est une moyenne, et ça peut descendre à 25% pour certains entrepreneurs… on en parle plus bas.
Et moins on se bouge, plus ça s’aggrave. Un peu comme le changement climatique. Alors tu te dis certainement que ça va finir par changer. Mais un problème majeur existe… Le système se mord la queue.
Les jeunes sont ceux qui votent le moins. 70 % des moins de 35 ans se sont abstenus pendant les scrutins récents, contre 35 % des plus de 60 ans.
Moins les jeunes pèsent dans les urnes, moins leurs intérêts sont défendus. Moins ils votent… et moins ils sont défendus.
Résultat : 76 % des actifs ont le sentiment de cotiser pour un système dont ils ne bénéficieront pas. La défiance est devenue majoritaire.
“Le sujet des retraites est si explosif qu’il peut faire sauter cinq ou six gouvernements.”
Michel Rocard, auteur du 1e livre blanc sur les retraites (1991)
Et bien cher Michel, il a justement fait sauter celui de Michel. Barnier. La réforme qui devait repousser l’âge légal à 64 ans a été suspendue jusqu’en 2028.
Alors plutôt que de rester spectateurs, je te propose qu’on plonge 5 minutes pour comprendre.
2. Sujet 🤓 : Le modèle des retraites en 5 min.
Le mieux, c’est de remonter aux pionniers. Qui a pensé à ça en premier ?
Et bien l’histoire commence avec Colbert, en 1673. Il crée une caisse de retraite pour les marins de la Royale. Sa vision n’est pas du tout sociale à ce moment-là. C’est de la pure marque employeur ! Il fallait attirer des marins, et la promesse d’une retraite en fin de carrière était très maligne :)
Mais la vraie bascule, c’est 1910. À ce moment-là, on veut mettre en place une retraite pour les ouvriers et les paysans. La motivation est-elle cette fois-ci sociale ? Et bien non, elle est purement politique. Il faut couper l’herbe sous le pied des mouvements socialistes, alors on s’inspire de ce qu’ont fait les conservateurs en Allemagne. Une jolie arnaque au final, puisqu’on finit par surnommer ce modèle “la retraite des morts”. L’âge de départ à 65 ans était si haut que seule une petite minorité l’atteignait…
Il faut attendre 1946 pour que naisse le système qu’on connaît. On crée un système par répartition, et non par capitalisation :
Répartition : celui qui cotise paie directement celui qui est à la retraite. En temps réel. C’est un vrai pacte entre générations.
Capitalisation : celui qui cotise épargne pour sa propre retraite dans le futur. C’est un financement personnel. Et c’est ça qui fait l’origine des énormes fonds de pension américains par exemple.
Mais alors pourquoi avoir choisi la répartition en 1946 ?
Dis-toi que toutes les épargnes ont été ruinées par l’inflation et deux guerres en 30 ans. Donc parier sur la finance pour payer des retraites nous paraissait beaucoup trop risqué.
La répartition semblait bien plus sûre, et ça se comprend. La démographie le permettait, et tout le monde était au boulot.
Dessine-moi une fusée
Ta retraite, c’est une fusée à 3 étages :
Étage 1, la retraite de base. C’est le socle, géré par la Sécu. Mais attention, il est plafonné. Il concerne les premiers 4 005 € brut mensuels de salaire en 2026. Résultat : la retraite de base tourne autour de 2 000 € par mois, même si tu gagnes 6 000 euros brut par mois.
Étage 2, la retraite complémentaire. C’est ce qui complète ta retraite de base. Elle est obligatoire aussi. Les 27 millions de salariés du privé cotisent par exemple automatiquement à l’Agirc-Arrco pour la part de leur salaire supérieure au socle de base. La complémentaire fonctionne par points. Tu cotises, tu cumules des points. À la retraite les points se transforment en euros.
Étage 3, la retraite supplémentaire. C’est la partie facultative : ton épargne personnelle (PER, assurance-vie…). C’est la fameuse « capitalisation » et c’est finalement le seul étage sur lequel tu as vraiment la main. On en parle en fin de newsletter !
La cote des retraites
Rien à voir avec le Mont Ventoux ou le col du Galibier.
Le taux plein. Si tu as cotisé tous tes trimestres et que tu atteins l’âge légal minimum de départ à la retraite, tu touches la retraite prévue. C’est la retraite à taux plein. Et si tu n’as pas atteint tes trimestres, tu peux bosser jusqu’à 80 piges ? Non, il existe un âge max qui débloque le taux plein : 67 ans aujourd’hui.
La décote. Si tu pars sans tous tes trimestres, ta retraite est rabotée de 1,25 % par trimestre manquant. Donc avec deux ans de cotisation en moins, c’est environ -10 % à vie quand même. Mais bon deux ans de vie en pleine santé, ça vaut beaucoup aussi !
La surcote. Si tu travailles plus longtemps que nécessaire, ta pension est bonifiée d’environ +5 % par année supplémentaire. De plus en plus de monde décide de cumuler emploi et retraite. + 75 % en 10 ans ! Il faut dire que la retraite dure en moyenne 26 ans aujourd’hui.
Tout ça ne concerne que l’étage 1 de la fusée, la retraite de base. Pour la retraite complémentaire tu accumules des points quand tu bosses, donc pas de sujet de timing de départ. Plus tu bosses, plus d’as de points, et voilà.
Bon, c’est sympa de comprendre comment ça marche, mais personnellement ma retraite se débloquera dans plus de 25 ans.
Alors comment on sauve le système d’ici là ?
3. Solutions 🤝 : Que peut-on faire ?
C’est le moment où je commence à marcher sur des œufs. À gauche, on veut partir en retraite plus tôt. À droite, on veut décaler l’âge de départ. Je te rassure, on peut aller bien plus loin.
Voilà 3 familles de solutions. À chacun son avis :)
Famille 1 : Faire rentrer plus d’argent
Ça paraît rationnel. Le modèle économique des retraites n’est plus équilibré, donc il faut aller trouver des sous.
Piste 1 : reculer l’âge de départ.
C’est le sujet qui fâche, le passage à 64 ans qui a mis le pays dans la rue. Mais regarde froidement ce que disent les économistes. Quand on recule l’âge de départ, deux choses arrivent en même temps : les gens cotisent plus longtemps (plus de recettes) et touchent leur retraite moins longtemps (moins de dépenses). Double effet. Le COR (Conseil d’Orientation des Retraites) répète que c’est important. Reculer l’âge créerait de l’emploi (de l’ordre de 200 000 à 240 000 postes) et soutiendrait le PIB. Efficace, mais socialement explosif.
Le problème ? On peut bien reculer l’âge légal sur le papier, encore faut-il que les seniors aient un boulot.
Piste 2 : aider les seniors à garder un emploi. Seulement 42,4 % des 60-64 ans travaillent en France, contre 65 % en moyenne dans l’UE. Aie. On a construit une société qui pousse les gens vers la sortie pile quand on aurait besoin qu’ils cotisent.
Et attention, ce n’est pas qu’ils n’ont « pas envie ». Au contraire : plus de deux tiers des 55-64 ans aimeraient encore travailler. Le problème, c’est qu’on ne veut plus d’eux. Un chômeur senior sur quatre s’est déjà entendu dire qu’il était « trop âgé pour le poste ». On a creusé tout ça dans notre newsletter sur le talent des seniors.
Une hausse de 10 % de l’emploi des seniors rapporterait environ 10 milliards d’euros de recettes. Soit deux fois le déficit actuel des retraites. Cool non ?
Sauf qu’on ne va pas y arriver en les épuisant. La clé, c’est de réinventer la fin de carrière pour qu’elle soit désirable.
Idée : et si on généralisait le temps partiel senior ? Travailler 2-3 jours par semaine après 60 ans peut préserver, et créer une transition progressive. À 60 ans, on ne peut plus forcément porter des charges lourdes, mais on peut former. Un chauffeur peut vouloir lever le pied sans tout arrêter. Un maçon peut devenir formateur, une infirmière référente qualité.
Piste 3 : faire contribuer les retraités les plus aisés.
Imagine un peu. Un retraité au patrimoine confortable touche une pension de 8 000 € par mois au terme d’une belle carrière. Il croise un jeune actif de 30 ans, qui n’arrive pas à épargner plus de 100 € par mois. Le plus jeune comprend qu’il aide à financer la retraite du plus âgé. Et qu’il ne touchera pas grand-chose quand ça sera à son tour de se reposer.
« Mais j’ai cotisé toute ma vie pour ça ! », répondrait le retraité. Et il a en partie raison. Sauf qu’il a cotisé bien moins que ce que paie aujourd’hui celui qui le finance. Le taux de cotisation a explosé en 50 ans. Le contrat n’est plus équilibré.
D’où l’idée d’un effort ciblé sur les retraités à hauts revenus : aligner leur CSG sur celle des actifs, ou leur retirer leur abattement fiscal de 10 % (une mesure qui rapporterait environ 2 milliards en épargnant totalement les petites pensions).
Le souci, c’est qu’on retombe direct dans la boucle du Constat. Taper sur les pensions (même aisées) ressemble à un suicide politique.
Alors prenons-le par l’angle entrepreneurial. Et si on commençait par aider les retraités aisés à moins dépendre de la retraite d’État ? Beaucoup sont « riches en pierre, pauvres en cash » : ils possèdent leur logement mais manquent de liquidités au quotidien. Ce qui rend encore plus délicat une taxation… Tout un écosystème invente des façons de débloquer ce patrimoine dormant :
Vasco permet à un particulier de vendre une faible part de son logement pour financer une rénovation.
Merci Prosper permet de vendre une part minoritaire de son bien pour améliorer son train de vie à la retraite.
Arrago propose un prêt viager hypothécaire. Tu empruntes de l’argent en mettant ton logement en garantie, mais tu ne rembourses rien de ton vivant. C’est seulement lors de ton décès que la dette est soldée, via la vente du bien. Tu transformes les murs où tu vis en complément de retraite, sans avoir besoin de bouger.
Famille 2 : Changer de modèle
Jusqu’ici, on a proposé de réparer des failles sans changer le principe : la répartition. Mais de plus en plus de personnes posent une question plus radicale. Et si on changeait carrément de modèle ?
L’autre modèle, c’est la capitalisation.
On en a parlé au début : l’idée est que tes cotisations soient placées sur les marchés, plutôt que directement envoyées aux retraités. Elles fructifient pendant 30 ou 40 ans, et te reviennent à la retraite. Tu te constitues ton propre capital, plutôt que de compter sur la génération suivante.
Premier argument qui claque : ça rapporterait bien plus. Un capital placé peut viser environ 4 % par an, inflation déduite. Surtout si c’est du très long terme.
Deuxième argument qui claque : cette épargne pourrait financer nos entreprises. Le COR évoque jusqu’à 5 000 milliards d’euros de capacité de financement pour l’économie.
Par contre attention :
La capitalisation, c’est jouer sa vieillesse sur les marchés. Souviens-toi de 2008 : la crise des subprimes a fait fondre les fonds de pension de 5 400 milliards de dollars, soit 23 % de leur valeur en un an (OCDE). Si la Bourse plonge l’année où tu pars, ta retraite plonge avec elle.
Et attention aussi parce que cette manne financière pourrait financer le climat, comme les énergies fossiles. Si on analyse les 100 plus grands fonds de pension au monde, moins de 1 % financent la transition bas-carbone.
Et si la vraie réponse était un nouveau modèle ?
C’est là que ça devient intéressant. Le débat français est coincé dans un match répartition contre capitalisation, comme si c’était la gauche contre la droite.
On pourrait imaginer une petite part de répartition, et une petite part de capitalisation ancrée sur les territoires. Une capitalisation qui ne dort pas dans un fonds opaque mais qui finance une PME régionale qui décarbone, de l’habitat intergénérationnel ou une boîte qui crée des emplois près de chez toi.
Alors tu me diras “Oui mais Guillaume, il faut viser moins de rendement financier pour parier sur la transition sociale et environnementale des territoires.”
C’est parfois vrai, mais :
On se base sur un comparatif de rendement du système de répartition quasi nul. Donc ça laisse un peu de marge pour créer un modèle financier qui tient la route et qui est durable.
Tu parierais à 30 ou 40 ans sur les énergies fossiles toi ?
Famille 3 : Changer de regard
On a parlé d’argent, de logiciel, de marchés. Mais on a peut-être oublié l’essentiel. On présente les retraités comme un coût.
Mais regarde ce qu’ils font vraiment. Ils gardent les petits-enfants pendant que les parents bossent. Ils s’occupent de leurs propres parents très âgés. Ils tiennent le tissu associatif à bout de bras : la moitié des dirigeants d’associations sont des retraités.
Tout ça a beaucoup de valeur. Les soins aux enfants et aux proches fournis par les seuls retraités de 62 à 66 ans pèsent environ 10,7 milliards d’euros par an. Au total, la contribution informelle des seniors à l’économie est estimée à près de 1,9 % du PIB. On appelle ça l’or gris.
Ce n’est pas de l’argent qui rentre dans les caisses des retraites, d’accord. Mais c’est de la dépense publique en moins. Combien coûterait tout ce travail s’il fallait le payer ? Et c’est et du lien social en plus. Et si on le reconnaissait vraiment ?
Idée. Le départ anticipé contre engagement social. Tu pourrais partir un peu plus tôt en échange d’un engagement associatif ou d’aidance défini. Ce n’est pas une utopie : une proposition de loi (Naegelen, 2025) va dans ce sens. L’Allemagne valorise déjà le rôle des aidants dans le calcul de la retraite. Pas bête non ?
Toutes ces solutions sont collectives. Mais il reste une question : concrètement, qu’est-ce que tu peux faire de ton côté dès aujourd’hui ?
4. Défis 💪 : Prendre en mains sa propre retraite.
Pour cette partie très concrète, on a fait appel à Gaël Berthélémé, un de nos experts en investissement responsable.
Déjà, commençons par ce qui pique le plus. La grande majorité des entrepreneurs, freelances, ou même des cadres n’ont pas conscience de ce qui les attend.
La liberté a un prix
Ton taux de remplacement dépend énormément de ton statut. Tu te souviens, c’est le pourcentage de ton dernier salaire que tu conserveras à la retraite. Il varie du simple au double…
76 % pour un non-cadre
53 % pour un cadre
25 % pour un dirigeant de SAS qui se rémunère surtout en dividendes.
Il y a aussi un énorme sujet avec les freelances. Leur nombre a bondi de 92% en 10 ans, pour atteindre 1,3 million aujourd’hui. Mais la liberté a un coût caché.
Prenons un cas concret :
Un micro-entrepreneur qui déclare 30 000 € de chiffre d’affaires par an pendant toute sa carrière touchera une retraite de base d’environ 625 € par mois. C’est super faible.
Le problème aussi, c’est que seulement 30 % des micro-entrepreneurs valident leurs 4 trimestres par an.
Autrement dit : si tu es cadre, entrepreneur ou freelance, tu vas devoir te débrouiller en grande partie tout seul.
Combien faut-il avoir mis de côté ?
Avant de parler de tel ou tel placement, pose-toi la bonne question : de quel revenu mensuel ai-je besoin pour bien vivre une fois à la retraite ?
Pour partir d’un calcul simple, disons que tu veux générer 1 000 € par mois de complément, en plus de ta retraite de base.
Déjà il faut réfléchir au rendement de l’épargne, une fois l’inflation déduite. Si ton placement rapporte 4 % par an mais que les prix montent de 2 % (la cible de la Banque centrale européenne, et à peu près la moyenne de long terme), ton rendement « réel » n’est que de 2 %.
Et là, le résultat est sévère. Pour avoir 1 000 euros de revenu du capital par mois à la retraite :
Avec un rendement réel prudent de 2 %, il te faut environ 875 000 € de capital au moment de la retraite.
Avec un rendement réel ambitieux de 4 % (en acceptant plus de risque, donc plus d’actions), le capital nécessaire tombe à environ 440 000 €.
Tout ça calculé avec la flat tax à 31,4 % (l’impôt sur les revenus du capital en 2026). Et ce calcul suppose que tu vis du seul rendement sans jamais entamer le capital, qui reste donc intact. Si tu acceptes de le consommer, il t’en faut moins ;)
Voilà le vrai cap. Ça pique, mais c’est le point de départ de toute réflexion sérieuse. Et ça t’apprend déjà une chose : il faut s’y prendre tôt pour atteindre ce capital.
Voilà trois outils simples.
2 connus, un beaucoup moins.
1. Le PER (Plan d’Épargne Retraite)
L’argent que tu verses sur un PER se déduit de ton revenu imposable. Plus tu es lourdement imposé, plus le cadeau est gros. C’est l’outil rêvé pour un cadre dirigeant ou un entrepreneur en pleine période de hauts revenus.
Par contre l’argent est bloqué jusqu’à la retraite (sauf accident de la vie ou achat de ta résidence principale). Et évidemment, ce que l’État te déduit à l’entrée, il le récupère en partie à la sortie quand tu ressors l’argent du PER. Le PER est donc surtout malin si tu es très imposé aujourd’hui et que tu le seras moins une fois à la retraite…
2. L’assurance-vie
Pas de cadeau fiscal à l’entrée, mais une liberté totale : ton argent reste disponible à tout moment. Et surtout, après 8 ans de détention, la fiscalité sur tes gains devient très douce, avec un abattement de 4 600 € par an (9 200 € pour un couple) sur les gains retirés. Bonus que beaucoup ignorent : contrairement au PER, l’assurance-vie a échappé à la hausse d’impôt sur le capital de 2026. C’est l’outil idéal pour qui veut garder la main, programmer des retraits réguliers à la retraite, et transmettre dans un cadre avantageux.
Sur le PER et l’assurance vie je ne suis pas objectif parce que Goodvest est partenaire, mais très sincèrement je suis client et j’apprécie beaucoup leur engagement. Leur PER ici. Leur assurance vie là.
3. Le démembrement de SCPI
Un outil bien moins connu, mais très intéressant aussi.
Petit rappel : une SCPI, c’est de la « pierre papier ». Tu achètes des parts, et tu touches des loyers sans gérer le moindre locataire.
Le démembrement, c’est une astuce dessus :
Tu achètes seulement la « nue-propriété » des parts, c’est-à-dire les murs, sans les loyers, pendant une durée fixée (5 à 15 ans). En échange, tu obtiens une grosse décote à l’achat, de 20 à 40 % selon la durée. Concrètement, une part à 1 000 € en pleine propriété, tu la paies 650 € en nue-propriété sur 10 ans.
Pendant toute la période, tu ne touches aucun revenu, donc tu ne paies aucun impôt dessus (ni impôt sur le revenu, ni IFI). Et à la fin, tu récupères la pleine propriété, loyers compris, sans fiscalité supplémentaire.
Pourquoi c’est intéressant pour la retraite ?
Tu cales la fin du démembrement sur ton départ à la retraite. Tu achètes décoté pendant tes années de hauts revenus, et pile au moment où ta pension chute, les loyers tombent pour prendre le relais. Les risques existent évidemment. Mais l’outil est intéressant à creuser !
Sur ce sujet, tu te souviens peut-être de notre portrait sur Kyaneos ? Ils proposent justement d’investir en nue-propriété de SCPI. Et si la valeur des parts progresse dans le temps, tu peux bénéficier de cette revalorisation. Chez Kyaneos Pierre, le prix de part a par exemple augmenté de plus de 12 % depuis 2018 (sans garantie pour l’avenir).
👏 C’est terminé. Merci d’avoir lu jusqu’au bout !
À qui tu pourrais partager cette newsletter ? C’est comme ça que Le Plongeoir grandit !
Et si ça t’a plu, mets un petit like / commentaire avec ton ressenti.
Foncez voir ce que fait Gaël, qui a co-écrit une partie de ce sujet avec nous. Merci aussi à Julie pour son aide ;)
Merci à Pierre et sa super newsletter, il m’aide à communiquer ce contenu au plus grand nombre, notamment par Linkedin.
À très vite,




Bravo Guillaume, comment simplifier un sujet si compliqué! Comme tu le dis si bien, il faut replacer au cœur de la solution le rôle clef des seniors.
J'avoue être quelque peu mal à l'aise à la lecture de cet épisode... J'adore tes éditos mais là je suis assez déçu. Les logiques de financiarisation ont largement plus d'impacts négatifs que l'inverse. Je te conseille la lecture du livre de Julien Lefournier "L'illusion de la finance verte" ainsi que "La finance aux extrêmes" de Marlène Blenquet pour tâcher de comprendre les contours de la question. La finance et d'autant plus celle de fonds d'investissements comme ceux-ci mettent au final une pression sur les entreprises pour toujours lâcher plus de dividendes et de croissance, sans même parler du conflit de répartition de la valeur salarié/actionnaire. De plus, étant donné les projections de chute de PIB avec le réchauffement climatique, miser sur la capitalisation n'a pas vraiment de sens car on sait que les ressources (financières comme matérielles) vont se tarir inévitablement. Bref, ce modèle est souvent présenté à dessein car les revenus des fonds d'investissements (ou de Goodvest) viennent de la rente sur les frais de gestion. De plus, la capitalisation est une machine à amplifier les inégalités de par l'effet des pourcentages et le phénomène des intérêts composés. En clair, avec une vision globale/systémique il est clair que la capitalisation n'est absolument pas une solution vivable de part les effets tendanciels qu'elle génère et par sa dépendance à la croissance économique. Les solutions à mettre en place doivent être certainement plus "exotiques" et pensées de manière indépendante à la croissance, la démographie pour être vraiment robustes. J'espère voir sortir un prochain épisode correctif bientôt...