La poubelle spatiale
12 satellites par jour sont envoyés dans l'espace. Les débris s'y multiplient à une vitesse dingue. Il est temps de s'y intéresser ;)
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Hello les plongeurs,
Commençons par une petite histoire. Le 22 janvier 1997, Lottie Williams marche dans un parc de l’Oklahoma, ce grand État rural du milieu des États-Unis. Un objet la frôle et lui touche l’épaule. C’est un résidu de la fusée Delta II revenue de l’espace.
Lottie est entrée au Guinness des records : c’est la première humaine à avoir été touchée par un débris spatial.
Pendant 25 ans, c’était juste une anecdote sympa à raconter à un dîner. Une anecdote de l’espace, certes. Mais une anecdote quand même. Aujourd’hui, c’est devenu une grosse préoccupation.
Le nombre de satellites explose, les déchets dans l’espace aussi. Comment faire ?Allez on plonge.
Mais avant, spatial dédicace à notre partenaire du jour : Enky :) Ou comment recevoir 6 à 9% de rendement en investissant dans du mobilier circulaire…
Le partenaire du jour : Enky
Enky a son rond de serviette dans Le Plongeoir, on a par exemple publié leur portrait en novembre. Et vous avez adoré !
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Investir comporte des risques, notamment de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Communication à caractère promotionnel ;)
Si tu as 30 secondes
Allez c’est parti :
Constat 🧐 : En moins de 7 ans, une seule entreprise a lancé plus de satellites dans l’espace que l’humanité entière depuis les débuts de l’exploration spatiale. Les satellites sont devenus indispensables, du téléphone à internet. Starlink annonce partout avoir une solution pour leur fin de vie : brûler les satellites. Mais ça ne supprime pas le problème, et notre climat pourrait bien en être la première victime. Les embouteillages et les accidents se multiplient là-haut. Mais qui peut réguler ?
Sujet 🤓 : Il va falloir agir. Mais à qui appartient l’espace ? Réponse du droit : à tout le monde. Ou à personne, c’est comme on veut. Sauf que les conséquences sont massives… Plongeons pour comprendre.
Défis 🤝 : Surveillance, satellites réparables, remorqueurs spatiaux, propulsion à l’eau : une filière entière se construit, avec des pépites françaises dedans. C’est fascinant !
Merci à Morgane Lecas (Astroscale) pour la relecture. Merci aussi à Julie Vial :)
Psssst : Si tu préfères écouter cette newsletter plutôt que la lire, je te la raconte ici en podcast.
Si tu as 15 minutes
Au programme :
Constat : On manque d’espace.
Sujet : À qui appartient l'espace ?
Défis : Ils nettoient l’espace.
La newsletter sera coupée avant la fin et tu louperas l’essentiel, alors lis-la en ligne ;)
1. Constat 🧐 : On manque d’espace.
Les grandes personnes aiment les chiffres
140 : nombre de satellites lancés chaque année dans les années 1990. Déjà pas mal ?
4 526 : nombre de satellites lancés uniquement en 2025. Plus de 12 par jour, record absolu. La courbe est raide !
12 000 : Nombre de satellites Starlink lancés par SpaceX depuis 2019. En 7 ans, ils ont mis en orbite plus de satellites que toute l’humanité pendant les soixante dernières années. Il y a environ 14 000 satellites actifs actuellement en orbite toutes entreprises confondues.
Tous ces satellites ne servent pas qu’à écrire des newsletters du Plongeoir. Ils font tourner nos petites vies de terriens. C’est le téléphone dont on ne se passerait plus, les paiements par carte, et même les prévisions d’ouragans qui sauvent des vies.
Tout le paradoxe est là : plus cette infrastructure invisible devient vitale, plus on la sature. Et plus on la met en risque…
144 404. Le nombre de manœuvres d’évitement de collision réalisées uniquement par Starlink entre décembre 2024 et mai 2025. Une manœuvre toutes les deux minutes. Et ça n’est que le début.
60 000 : nombre de satellites en attente d’approbation auprès des régulateurs pour les années 2030. Les demandeurs sont évidemment Starlink (30 000 satellites demandés) mais aussi la Chine, qui prépare deux constellations géantes de 28 000 satellites. Sans oublier Amazon (Kuiper) et l’Europe (Iris²).
1 à 2 par jour : Le nombre de satellites Starlink qui finissent leur vie en se consumant dans l’atmosphère. C’est la parade de SpaceX contre les débris. Ces satellites jetables sont conçus pour brûler entièrement lors de leur entrée dans l’atmosphère. Zéro débris au sol, zéro problème ?
Hmmm creusons un peu.
Les grandes personnes n’aiment pas les problèmes.
Et pourtant, il va falloir en éviter 4 si on ne veut pas que le ciel nous tombe sur la tête.
Problème potentiel 1 : l’ozone.
On parle bien ici du risque sur la couche d’ozone, et non du groupe de musique O-Zone qui a joué Dragostea din tei. Même si mettre ce son à une soirée te fait aussi prendre de gros risques.
En 2023, des chercheurs de la NOAA (agence météo et climat des États-Unis) ont fait voler un avion-laboratoire dans la stratosphère. Ce qu’ils ont découvert est dingue. Entre 3 et 17 % des grosses particules d’acide sulfurique qui flottent là-haut contiennent déjà des métaux venus de nos satellites. De l’aluminium, du cuivre, du lithium, du plomb. Des métaux que la nature n’apporte pas à ces altitudes…
Et alors, c’est grave des poussières de métal là-haut ?
Bah oui. Parce que brûlé ne veut pas dire disparu. Comme la fameuse loi de Lavoisier apprise au collège le dit si bien : “rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”. Donc quand un satellite brûle, son métal se transforme en fines particules qui restent en suspension dans la stratosphère.
Un satellite, c’est environ 30 % d’aluminium. En brûlant vers 80 à 85 km d’altitude, cet aluminium devient de l’oxyde d’aluminium. De l’Alumine, pour les intimes.
Ne nous lâche pas ici, on ne va pas entrer dans un cours de chimie. Ce sujet n’est pas qu’un sujet d’aluminés. Il concerne tout le monde :
L’alumine déclenche une réaction en chaîne. À sa surface se réveille le chlore des vieux gaz CFC. Leur nom te dit peut-être quelque chose : ce sont les gaz des frigos, des climatiseurs et des bombes aérosols qui avaient creusé le trou de la couche d’ozone dans les années 80. On avait réussi à le refermer en interdisant ces gaz, grâce au Protocole de Montréal de 1987. C’est un des plus beaux succès écologiques de l’histoire : 99 % de ces gaz ont été éliminés et la couche d’ozone se reconstitue. Sauf que le chlore de ces vieux CFC est toujours là-haut, simplement endormi. L’alumine réactive le chlore endormi. Et un seul atome de chlore réactivé peut détruire des milliers de molécules d’ozone à la chaîne, puis recommencer, sans jamais s’user. C’est chaud non ?
Ces particules réfléchissent et absorbent le rayonnement. Une étude de la NOAA publiée en 2025 a modélisé l’accumulation d’alumine. D’ici une quinzaine d’années, elle pourrait réchauffer la moyenne atmosphère (la mésosphère) de près de 1,5 °C au-dessus des pôles.
Nous menons une expérience de géo-ingénierie non régulée, non consentie, sans savoir ce qu’elle va donner dans 30 ans.
Éloïse Marais, professeure de chimie atmosphérique à l’University College London.
Et le pire ? Ces cendres mettent jusqu’à 30 ans à redescendre jusqu’à la couche d’ozone. On verra l’effet des satellites brûlés aujourd’hui à partir de 2050. On signe chaque année une dette dont la facture arrivera dans trente ans.
On ignore encore la taille exacte du problème aujourd’hui. Reste à choisir : attendre de la voir dans trois décennies, ou se bouger maintenant :)
Problème potentiel 2 : on ne voit plus le ciel.
Les satellites communiquent. Logique :) Mais leur électronique crée des ondes radio qui parasitent les fréquences écoutées par les radiotélescopes. Ces derniers nous ont permis de capter l’écho du Big Bang ou de réaliser la première image d’un trou noir. Ça serait dommage que tout ça s’arrête non ?
Certaines de ces fréquences sont même protégées. L’UIT (agence de l’ONU qui distribue les ondes) en a réservé quelques-unes rien que pour les astronomes. Elles sont interdites d’émission sur toute la planète. Mais des fuites de Starlink tombent pile dedans…
Un exemple concret ? Le futur grand radiotélescope SKA veut capter le signal des toutes premières étoiles de l’Univers. La grande classe :) Mais les astronomes nous auront prévenus : la pollution des Starlink pourrait rendre cette mesure impossible. Note quand même : SpaceX a commencé à couper ses émissions au-dessus de certains télescopes. Une preuve qu’on peut s’asseoir autour d’une table !

Problème potentiel 3 : les suies.
On a parlé des satellites qui brûlent en redescendant. Mais leurs lanceurs polluent aussi à la montée. Par contre attention au piège. Le spatial reste une goutte d’eau en tonnes de CO₂ émis. C’est environ 0,01 % de l’aviation. Chaque décollage brûle une énergie folle, mais on envoie quelques fusées par semaine dans l’espace, contre 100 000 avions par jour.
Sauf que le vrai problème n’est pas le carbone, c’est la suie. On n’en parle jamais sur Terre, parce qu’elle est lessivée par la pluie. Une fusée la crache directement dans la haute atmosphère, là où il ne pleut jamais. Elle y reste des années, absorbe le soleil et réchauffe jusqu’à 500 fois plus qu’au sol à masse égale. Les fusées ne pèsent que 0,02 % de la suie mondiale, mais déjà 6 % de son effet réchauffant. Aie. Et le secteur pourrait en cracher 870 tonnes par an d’ici 2029, autant que toutes les voitures du Royaume-Uni. Bonne nouvelle : l’ESA (Agence spatiale européenne) a commencé à tout mesurer avec des analyses de cycle de vie.
Problème potentiel 4 : les collisions.
Tu te poses peut-être la même question que moi : l’espace est infini, non ? Ça ne s’appelle pas “espace” pour rien ! Pourquoi des collisions ?
Parce que tout le monde se bat pour la même bande d’altitude. Plus un satellite est bas, moins son lancement coûte cher. Et mieux il transmet. Résultat : tout le monde vise la même zone, autour de 550 km. Mais elle n’est pas extensible !
Les satellites actifs doivent s’éviter les uns les autres. Logique ;) Sauf que les chiffres donnent le vertige. Souviens-toi : 144 404 manœuvres d’évitement en six mois pour les Starlink. Une toutes les deux minutes.
“C’est juste incroyable. Et on se parle d’une constellation de satellites qui ne fait encore aujourd’hui que 20% de sa taille à venir.”
Hugh Lewis, spécialiste britannique des débris spatiaux.
Le problème mathématique à comprendre, c’est que le frôlement entre satellites n’augmente pas comme le nombre de satellites. Il augmente comme son carré. Tu doubles le nombre de satellites, tu quadruples le nombre de quasi-collisions. Oups.
Imagine quand on passera des 14 000 actuels aux 60 000, voire 100 000 annoncés. Si on ne se parle que de technologie, on peut toujours se dire qu’on trouvera un moyen. Mais tout ça va être réparti entre des opérateurs rivaux qui n’aiment pas trop se parler… Comme SpaceX et des constellations chinoises.
Un exemple du bazar actuel ? En décembre 2025, un engin largué par une fusée chinoise est passé à 200 mètres d’un Starlink sans aucune coordination. Quelques semaines plus tard, SpaceX annonçait abaisser 4 400 de ses satellites de 550 à 480 km. C’est le Far West.
En plus, il n’y a aucun code de la route. Aujourd’hui quand deux satellites risquent de se percuter, ça se gère au cas par cas. Demain, chacun va mettre en place des méthodes automatisées pour esquiver. Mais du coup chaque esquive va brouiller le calcul des autres…
Il faut ajouter un dernier paramètre pour bien comprendre le binz qu’il va falloir gérer.
Et ce paramètre, c’est le coup de la panne. Sur les premières générations, 3 à 5 % des Starlink devenaient incontrôlables. Et un satellite en panne ne peut plus esquiver. Le rapport 2025 de l’Agence spatiale européenne est super clair. Autour de 550 km, il y a déjà le même ordre de grandeur de débris que de satellites actifs. Le “on contrôle tout” aurait-il ses limites ?
Mais après tout, est-ce si grave si un satellite se fait percuter de temps en temps ?
Et bien oui… Parce que les collisions potentielles peuvent créer des débris qui provoquent d’autres collisions… et on comprend vite la réaction en chaîne.
Et comme si ça ne suffisait pas, certains débris sont créés volontairement. La tendance est à la militarisation : les États-Unis ont créé une force spatiale en 2019, l’Europe monte son bouclier spatial en 2026. L’orbite devient un terrain stratégique. Pour tester leurs armes anti-satellites, la Chine (2007), l’Inde (2019) et la Russie (2021) ont pulvérisé leurs propres satellites en orbite. Le test russe a même forcé les astronautes de l’ISS à s’abriter…
Pour rendre ça concret, une équipe a inventé une jauge : “l’horloge du crash”. Elle mesure le temps qu’il resterait avant une collision catastrophique si on arrêtait toutes les manœuvres d’évitement. En 2018, avant les méga-constellations : 164 jours de marge. Aujourd’hui : 5,5 jours. Ça ne veut pas dire : “la catastrophe est dans 5 jours”. Mais ça montre que notre filet de sécurité se réduit. On grignote une marge de sécurité commune sans jamais penser à la recharger. Si un problème se déclenche, on va finir par devoir faire réagir le monde entier en quelques heures.
La conséquence concrète d’un crash serait simple. Les tranches d’altitude les plus utiles de l’espace pourraient devenir inutilisables pour des décennies.
Ça ne serait pas un problème pour ton GPS, contrairement à ce qu’on peut penser. Les satellites GPS se baladent très haut, à 20 000 km. Ce qui exploserait en premier, c’est l’internet par satellite.
L’orbite basse est devenue un marché où une poignée d’acteurs se ruent sur les meilleurs créneaux, et tant pis pour les autres.
La question que je me pose quand je creuse tout ça, c’est “qui peut agir et réguler ?”.
2. Sujet 🤓 : À qui appartient l’espace ?
L’exploration et l’utilisation de l’espace sont l’apanage de l’humanité tout entière.
En droit, l’espace est “res communis”. Une chose commune, comme la haute mer. Tout le monde peut l’utiliser, et personne ne peut se l’approprier.
Magnifique, non ?
Mais ça veut dire quoi “personne ne peut se l’approprier” ? Est-ce que si on colonise la majorité de l’espace avec une constellation de satellites c’est de l’appropriation…?
Le problème principal est simple à résumer : un truc qui appartient à tout le monde en théorie finit souvent par n’appartenir à personne en pratique. Et un truc qui n’appartient à personne est rarement protégé.
Dans les faits, l’espace appartient à ceux qui peuvent y aller. Starlink détient déjà près des deux tiers des satellites actifs. Et sur les fréquences, la règle est brutale : premier arrivé, premier servi. Les puissances spatiales raflent les meilleures places, et la grande majorité des pays regardent l’espace se remplir sans pouvoir participer. Des chercheurs parlent même de colonialisme spatial.
Une loi existe et n’a servi qu’une fois
Bonne nouvelle pour commencer : il existe bien des règles. Le texte fondateur, c’est le traité de l’espace de 1967. C’est la constitution de l’orbite : il pose les grands principes qu’on vient de voir. Petit détail qui change tout : ce texte a été écrit en 1967. Il ne dit rien des débris ou de la saturation. Personne n’aurait imaginé ça à l’époque. Aujourd’hui on lance des milliers de satellites par an, alors les juristes jugent ce texte dépassé.
Il existe aussi une convention plus concrète signée en 1972. Elle tranche une question super importante : celui qui lance un satellite paie ses dégâts.
Cette convention n’a été invoquée qu’une seule fois en réalité... C’était en janvier 1978. Un satellite espion soviétique avec un réacteur nucléaire à bord se désintègre au-dessus du Canada. Ce satellite dont le petit nom est Cosmos 954 répand du combustible radioactif sur le Grand Nord. Le Canada dépense 14 millions de dollars canadiens pour nettoyer, et réclame 6 millions à Moscou. Trois ans de négo plus tard, l’URSS paie 3 millions, sans même reconnaître sa responsabilité.
La loi existe donc. Mais elle n’a servi qu’une fois en 70 ans, et c’était pas dingo.
Le règne du secret diplomatique
En 1996, le satellite militaire français Cerise est sectionné par un débris de l’étage supérieur d’une fusée Ariane. Oups. La France décide de développer un radar souverain beaucoup plus puissant : GRAVES. Le but est de détecter deux fois plus d’objets dans l’espace. Et devine ce que l’État français découvre…? Des satellites espions étrangers qui ne figurent dans aucun catalogue. La France s’en sert comme levier de négociation, en 2007. Elle fait planer la menace de révéler ces satellites espions étrangers, pour obtenir en retour la discrétion sur ses propres satellites militaires.
Voilà comment se règle souvent l’espace aujourd’hui. Beaucoup plus par des radars et des arrangements entre puissances que par le droit.
Des amendes minuscules.
La toute première amende de l’histoire pour un déchet spatial date d’octobre 2023. L’opérateur Dish (un gros diffuseur américain de télévision par satellite) avait abandonné un vieux satellite. Montant : 150 000 $. Pour un satellite qui a généré 20 ans de revenus, c’est du pipi de chat.
Reste une question fondamentale. On parle d’amendes, mais qui décide d’en envoyer ?
Le régulateur inconnu de l’espace
Il existe bien une agence de l’ONU pour gérer les satellites : l’UIT, l’Union internationale des télécommunications. Tu l’as croisée plus haut, c’est elle qui protège les fréquences des radiotélescopes. Son métier : répartir les ondes entre les pays, sur Terre comme en orbite. C’est même la doyenne des organisations internationales : elle est née en 1865 pour le télégraphe.
Sauf que son mandat s’arrête aux ondes. Elle ne s’occupe ni des collisions, ni des débris, ni des satellites abandonnés. L’amende de Dish, c’était une carcasse mal désorbitée, pas un problème de fréquence. Alors qui l’a donnée ?
C’est là que ça devient fascinant :
L’article VI du traité de 1967 dit que chaque État est responsable de ses entreprises.
Comme tu l’as compris, la grande majorité des satellites sont américains. Et côté américain, c’est la FCC, la Federal Communications Commission, qui tamponne les dossiers. Le métier d’origine de cette FCC est d’attribuer des fréquences radio aux USA. C’est l’équivalent de nos ARCEP et ANFR réunies en France : l’ARCEP régule les télécoms, l’ANFR coordonne les fréquences.
C’est donc la FCC qui a envoyé l’amende à Dish, puisque c’est un satellite américain.
Il y a une certaine logique. Un satellite a besoin de fréquences pour émettre, et c’est par la porte de la FCC aux USA que ça passe.
Sauf qu’au final on se retrouve avec une agence américaine pensée pour la radio et la télé qui délivre les permis de la très grande majorité de l’infrastructure spatiale !
La FCC est devenue le régulateur mondial de fait. Pas parce qu’on lui a confié le ciel, mais parce que le plus gros opérateur du monde est américain (SpaceX pour Starlink). Si demain la Chine déploie 30 000 satellites, ça sera pareil dans l’autre sens.
Et la France dans tout ça ?
La France a sa propre loi depuis 2008 : la Loi relative aux opérations spatiales, la LOS pour les intimes. Le principe est simple. Toute entreprise française qui veut lancer ou piloter un satellite doit d’abord obtenir une autorisation de l’État. C’est le CNES qui épluche le dossier technique.
Cette loi est très avant gardiste sur l’impact :
Le CNES vérifie notamment que le satellite a un plan crédible pour quitter son orbite en fin de vie.
La France a même été le premier pays au monde à rendre ces règles anti-débris obligatoires.
Depuis juillet 2024 elle impose aussi aux constellations de limiter leur luminosité, pour ne pas rayer les images des télescopes.
Mais cette loi ne s’applique qu’aux opérateurs français. Souviens-toi de l’article VI : chaque État ne régule que ses propres boîtes.
La tragédie des communs.
Bon, il n’y a donc aucune instance pour trancher si deux pays ne sont pas d’accord. Alors repensons aux quasi-collisions. Qui décide de se décaler ? Au CNES une équipe surveille ces rapprochements en temps réel. Mais son pouvoir s’arrête vite…
« Les alertes sont activées dès qu’il y a 0,05 % de risque qu’une collision survienne. […] Il nous faut appeler les opérateurs des satellites pour leur conseiller d’effectuer des manœuvres, pour éviter la collision. »
Morgane Jouisse, ingénieure Surveillance de l’espace au CNES.
Tu as bien lu : conseiller. Personne ne peut ordonner. Sauf que manœuvrer coûte cher. Alors quand personne n’a le dernier mot, chacun espère que ce sera l’autre qui agira.
Ça commence à bouger…
L’EU Space Act a été proposé en juin 2025 et est en pleine négo. L’objectif était un accord mondial d’ici fin 2026, mais les US poussent en sens inverse. Ne parions pas sur une entrée en vigueur avant 2027/28. Il y a quoi dans ce projet européen ?
Obligation de désorbitation en fin de vie, et normes renforcées pour les constellations.
Et le twist : ça s’appliquera à tout opérateur qui veut vendre sur le marché européen. Y compris américain.
Pas mal ce projet. Devine d’où vient l’inspiration ? Le texte s’appuie largement sur la loi française. La France a joué les précurseurs, et elle pousse pour que son niveau d’exigence devienne celui de tout le continent.
Aux États-Unis, la FCC commence à serrer la vis aussi. Depuis fin septembre 2024, tout nouveau satellite autorisé doit être désorbité dans les 5 ans après sa mission, contre 25 ans avant. Mais la règle n’est pas rétroactive : les satellites plus anciens n’ont pas ces obligations.
Il y aura probablement un jour un traité et une instance pour réguler. En attendant, est-ce que des entrepreneurs se bougent ?
3. Défis 🤝 : Ils nettoient l’espace.
Des entrepreneurs se lancent pour trouver des solutions sur tous les maillons de la chaîne. C’est passionnant à suivre !
Maillon 1 : Voir.
Impossible de gérer 14 000 satellites sans savoir où ils sont à 10 centimètres près en temps réel. Aujourd’hui, l’essentiel de cette donnée vient des radars militaires américains. L’Europe doit avoir ses propres lunettes.
Look Up (Toulouse) : Réseau de radars souverains + plateforme qui prédit les collisions. 50 M€ levés en juin 2025, premier radar en Lozère. Ils vendent de la donnée. Boîte fondée en 2022 par le général Michel Friedling, premier commandant de l’espace français, et Juan-Carlos Dolado Perez, ex-chef de la surveillance spatiale au CNES.
Aldoria (Paris) joue le même jeu avec des télescopes optiques.
Points d’attention : ces boîtes vivent surtout de contrats de défense et de subventions (DGA, CNES, programmes européens). Le client commercial privé existe (assureurs, opérateurs), mais il est encore minoritaire.
Maillon 2 : Créer un satellite éco-conçu.
Les satellites doivent être conçus pour mourir proprement. Des initiatives émergent pour les faire redescendre et brûler en fin de vie plutôt que de les laisser en épave là-haut : ça désencombre l’orbite, et ça mérite d’être salué. Mais un mot d’honnêteté tout de suite : désorbiter, c’est faire brûler. Donc renvoyer du métal dans la haute atmosphère, exactement le problème qu’on critiquait plus haut. C’est tout le paradoxe de ce sujet. Il vaut mieux brûler que créer des débris, mais ça n’est pas suffisant…
Ascend Beyond Space (Haute-Savoie) : une jeune équipe qui fabrique des « kits de fin de vie ». Leur propulseur fonctionne à l’eau : tu la chauffes fortement comme une bouilloire, la vapeur s’échappe et freine le satellite. Cette poussée le fait redescendre vers l’atmosphère, où il se consume.
ThrustMe (région parisienne) : ils ne vendent pas de satellites, mais les moteurs qui les équipent. Leur première mondiale, publiée dans Nature : une propulsion à l’iode. Résultat : même un petit satellite peut enfin s’offrir un moteur, donc esquiver une collision et se désorbiter en fin de vie. Et bonne nouvelle pour la thèse, de vrais clients privés qui paient : 100 systèmes déjà lancés.
Exotrail (Massy/Toulouse) : née à Polytechnique, elle fabrique surtout un remorqueur, le Spacevan. Il peut déposer chaque satellite à la bonne orbite.
Maillon 3 : Esquiver.
Un satellite se déplace à 28 000 km/h. Éviter les collisions est un métier. Des logiciels croisent les trajectoires et négocient les manœuvres.
Neuraspace (Coimbra, Portugal) : plateforme qui s’appuie sur l’intelligence artificielle pour prédire les risques de collision et suggérer la bonne manœuvre, jusqu’à cinq jours à l’avance. L’idée : décider cent fois plus vite qu’à la main. La boîte surveille déjà plus de 300 satellites et a levé 25 M€ pour déployer ses propres capteurs. Soutenue par l’ESA.
OKAPI:Orbits (près de Berlin, issue de l’université de Braunschweig) : un logiciel qui gère tout le cycle de vie d’une mission, du pré-lancement à la désorbitation, en passant par l’évitement de collision et la coordination entre satellites actifs. 13 M€ levés début 2025. L’ESA est cliente, mais apparemment aussi SpaceX et Amazon…
Maillon 4 : Prolonger la vie du satellite.
Le contre-modèle, c’est le satellite durable : réparé, ravitaillé, prolongé sur place. Possible ?
Infinite Orbits (Toulouse) : une boîte française qui monte (sans jeu de mots). Leur satellite “Endurance” va s’amarrer à un satellite télécom en fin de vie pour le maintenir en poste 5 ans de plus. 40 M€ levés fin 2025, un contrat-cadre avec la DGA et un autre avec le numéro un mondial du télécom géostationnaire. Prolonger un satellite de 5 ans, c’est économiser un lancement entier. L’écologie et le business qui vont dans le même sens :)
Maillon 5 : Remorquer pour nettoyer.
Le maillon le plus spectaculaire, c’est celui des boîtes qui veulent aller chercher les gros débris qui menacent tout le monde.
Astroscale (Japon) : c’est le pionnier mondial. Sa sonde ADRAS-J s’est approchée à 15 mètres d’un étage de fusée incontrôlé. Bientôt, ADRAS-J2 ira le capturer avec un bras robotique. C’est magnifique techniquement. Astroscale vise la rentabilité en 2028, si les contrats se multiplient.
ClearSpace (Suisse, spin-off de l’EPFL) : porte la première mission de retrait commandée par l’ESA (86 M€), pour aller désorbiter leur vieux satellite PROBA-1. Détail qui en dit long sur l’urgence : sa cible de départ (un débris d’adaptateur de fusée) a elle-même été percutée par un autre débris en 2023. Ce qui a obligé ClearSpace à changer d’objectif... Lancement repoussé à 2028-2029.
Attention : sur ce maillon le client privé n’existe quasiment pas. Qui paierait de sa poche pour retirer un débris ? C’est exactement la tragédie des communs. Tout repose sur l’argent public.
Et toi, tu fais quoi ?
Soyons honnêtes. J’ai creusé les parcours des fondateurs de toutes ces boîtes. Supaéro, Polytechnique, EPFL, ex-CNES, NASA, SpaceX. Ce genre de projet ne s’improvise pas.
Mais il y a des exceptions. Nobu Okada (fondateur d’Astroscale, le géant japonais) a une licence d’agriculture de l’université de Tokyo.
Et regarde la chaîne de valeur :
Le trafic orbital, c’est du logiciel.
La conformité, c’est du droit, de l’audit, de l’assurance, de la finance.
Et la donnée a besoin d’autant de commerciaux que d’ingénieurs radar.
Le spatial durable va devenir une industrie complète, avec les mêmes besoins que toutes les industries : vendre, assurer, financer, réguler.
La France est incroyablement bien placée. Toulouse est une capitale mondiale du secteur, avec son accélérateur dédié. SpaceFounders (porté par le CNES) accompagne une cinquantaine de startups. Elles ont levé 160 M€ depuis 2021.
Si l’envie te prend, des dispositifs existent pour se lancer :
Le Space Ticket (CNES + Bpifrance) ouvre l’accès à 50 000 à 250 000 € pour les startups deeptech du spatial.
Il y a aussi CosmiCapital, un fonds de 38 M€ dédié au NewSpace, les incubateurs ESA BIC, et des appels à projets européens (EUSPA) sur la résilience spatiale.
Et enfin si tu veux te plonger dans cet univers en t’amusant, file lire le manga Planètes. On y suit des éboueurs de l’espace chargés de ramasser les débris en orbite. Ça a été écrit il y a vingt ans… Visionnaire !
👏 C’est terminé. Merci d’avoir lu jusqu’au bout !
À qui tu pourrais partager cette newsletter ? C’est comme ça que Le Plongeoir grandit !
Et si ça t’a plu, mets un petit like / commentaire avec ton ressenti.
Merci à Morgane Lecas (Astroscale) pour la relecture. Merci aussi à Julie Vial pour son aide ;)
Merci à Pierre et sa super newsletter, il m’aide à communiquer ce contenu au plus grand nombre, notamment par Linkedin.
À très vite,






Sujet vraiment intéressant et super édition du Plongeoir. Et ce que j'aime vraiment c'est que comme à chaque fois tu parles d'un problème mais tu n'oublies pas de parler des sociétés et personnes qui réflechissent aux solutions!
Sujet fascinant et inquiétant à la fois ! Et dont on n'a pas l'habitude d'entendre parler...
Merci :)