Hello les plongeurs, voilà la newsletter du Plongeoir #99.
La semaine dernière, Le Plongeoir était à La Trinité-sur-Mer pour la première édition de Parés à virer. C’était ma-gique ! Et ça m’a donné envie de lancer plein d’autres évènements :) Merci 💛
Aujourd’hui, je te propose de plonger dans un des enjeux les plus importants au monde. Celui de la forêt.
Pendant que tu vas lire cette newsletter, l’équivalent de 200 terrains de foot de forêts va disparaître. C’est pas une raison pour partir hein !
Les forêts abritent 80 % de la biodiversité terrestre, et captent une énorme part de nos émissions de CO2.
Et si on arrêtait de regarder tout ça en spectateurs ? Il est possible d’agir et de lancer des projets.
En parlant de projets, le partenaire du Plongeoir aujourd’hui me tient particulièrement à cœur : Flamingo.
C’est la première fois qu’un projet issu de la communauté Plouf devient sponsor :)
Il soutient la magie des libellules. C’est tellement beau ! Est-ce que tu t’es déjà arrêté quelques minutes pour admirer le vol d’une libellule ?
Le partenaire du jour : Flamingo
En France, un tiers des libellules sont menacées d’extinction. Philippe Lambret est un chercheur passionné génial. Et il s’est mis en tête d’inverser la tendance.
Alors aide-nous à restaurer des mares et réintroduire la magie des libellules :
Participe à ce premier crowdfunding organisé par Flamingo, à partir de 20 euros.
Tu ne feras rien de plus beau dans ta journée. C’est tellement canon une libellule !
Si ce n’est pas déjà fait tu peux aussi :
Rejoindre Plouf pour rencontrer des associés.
Devenir sponsor du Plongeoir, en répondant simplement à l’email.
Lire les précédentes newsletters du Plongeoir.
C’est partiiii
Si tu as 30 secondes
Constat 🧐 : Les incendies de forêt battent des records chaque année. La déforestation dans le monde est massive. C’est chaud chaud. Surtout que les services rendus par les arbres sont indispensables… Mais étonnamment, les forêts européennes s’agrandissent. Par contre, une forêt plantée après une coupe rase ne vaut pas une forêt primaire… C’est un peu l’arbre qui cache la forêt.
Sujet 🤓 : Le défi, c’est que gérer une forêt reste un business. On a tendance à ne vouloir planter que des arbres qui poussent vite, simplifier les process. Adapter la forêt à l’industrie, pas l’inverse. Le stockage de CO2 des forêts françaises diminue d’année en année, et la biodiversité s’écroule. En plus, il faut penser à demain… Un tiers des espèces plantées en France ne survivra pas au changement climatique. D’un autre côté il faut bien trouver des modèles économiques. Comment on fait ?
Défis 🤝 : Des entrepreneurs engagés se battent chaque jour, c’est canon. Des ONG, des startups, des PMEs. On peut investir dans la forêt pour mieux la gérer, outiller et former les forestiers. On peut développer des filières locales, gérer des micro forêts morcelées. On peut aussi développer l’économie circulaire du bois, et créer des alternatives aux produits les plus responsables de la déforestation. Bref, les idées ne manquent pas ! J’adore ce genre d’énergie :)
🙏 Énorme merci à Ingrid Vanhée, qui a coécrit ce plongeon avec moi. C’est la première personne à co-écrire une deuxième fois, après ce premier plongeon Biodiversité en 2024. Ingrid est vraiment impressionnante… Elle aide les entreprises à se poser les bonnes questions en matière de biodiversité et à se retrousser les manches pour passer à l’action. Tu peux la suivre et la contacter sur LinkedIn.
Merci aussi à l’habituelle Alice Carré-Seemuller !
Go !
Si tu as 15 minutes
Au programme :
Constat : Les forêts partent en fumée.
Sujet : L’arbre qui cache la forêt
Défis : On passe à l’action ?
Oups, cet e-mail sera coupé avant la fin. Lis-le dans ton navigateur 👇
1. Constat 🧐 : Les forêts partent en fumée.
Les grandes personnes aiment les records.
2024 : Record mondial. 13,5 millions d’hectares ont brûlé dans le monde. 18 terrains de football par minute.
2025 : Record d’Europe. Plus d’un million d’hectares ont brûlé en Europe. C’est plus que la superficie de la Corse. Et c’est surtout 3,7 fois plus que la moyenne sur les 20 dernières années. Ça chauffe.
“Le changement climatique est la plus grande arnaque jamais menée contre le monde.”
Donald Trump, le 23/09/25 devant l’Assemblée générale des Nations unies.
Le réchauffement climatique est un fait scientifique, et il devient de plus en plus menaçant pour la forêt.
Par contre c’est l’agriculture qui a toujours le plus gros impact :
Tout ça a eu un effet bœuf sur la forêt :

Alors tu me diras, tant qu’on a des dirigeants comme Donald Trump aux commandes, rien ne changera si ?
Les grandes personnes aiment ce qui a de la valeur.
Tu veux convaincre Oncle Picsou (ou Uncle Donald) qu’il faut prendre soin de la forêt au prochain dîner de famille ?
150 000 milliards de dollars : valeur des forêts au niveau mondial. Près du double de la valeur des marchés boursiers mondiaux.
-30% : chute de leur valeur prévue d’ici 2050 si on ne s’attaque pas aux menaces qui pèsent sur elles. Et ça, c’est de l’arnaque Donald ?
Alors au bouleau.
Et je te propose qu’on commence par creuser un truc mystérieux.
J’ai entendu dire qu’on plantait aujourd’hui beaucoup d’arbres. Et qu’au final on compensait notre déforestation…
C’est vrai ou faux ?
Les grandes personnes aiment les enquêtes.
🔍 Analysons ça.
31% : Proportion des terres émergées mondiales couvertes de forêts. C’est presque la superficie cumulée de la Russie, du Canada, des États-Unis et de l’UE !
10 millions d’hectares par an : Rythme de déforestation dans le monde. Même si le reboisement compense 5 millions d’hectares par an, ça reste une perte vertigineuse. L’humanité a détruit un tiers de ses forêts.
Mais si on sépare le monde en deux… tout change.
Les forêts des pays tempérés se développent légèrement.
Les forêts des pays tropicaux se réduisent massivement.

L’Europe est l’exemple le plus impressionnant : la surface forestière a augmenté de 9 % depuis 1990. On plante massivement.
Alors, on peut être fiers ?
Hmmm pas vraiment.
Une forêt de Douglas plantée par l’homme et une forêt primaire, ça n’a pas grand-chose à voir.
C’est un peu comme la différence entre un énorme champ de blé, et le même espace de nature vierge de tout passage humain.
Deux forêts ne se valent pas. Et en Europe, c’est souvent l’arbre qui cache la forêt.
2. Sujet 🤓 : L’arbre qui cache la forêt.
Commençons par comprendre à quoi sert “La forêt idéale”. Et après, je te propose qu’on la compare avec ce qui se passe chez nous.
La puissance d’une forêt idéale.
Forêt de carbone
Je ne vais rien t’apprendre si je te dis que les forêts sont un énorme réservoir de carbone. Il y a plus de CO2 dans les forêts que l’atmosphère, c’est quand même dingue.
Mais ce que tu ne sais peut-être pas, c’est que les arbres stockent une grosse partie de leur CO2… dans le sol !
70% de leur carbone est stocké dans les sols. Humus, racines mortes, matière organique etc.
Les sols forestiers stockent 45 % du carbone terrestre ! 2,5 fois plus que les sols agricoles dont on vient de faire un plongeon (Objectif Sol).
Et tu veux une bonne nouvelle ?
Bien que la superficie forestière diminue, le carbone piégé par les forêts reste stable depuis 20 ans. La FAO nous dit que c’est grâce au reboisement et à une meilleure gestion des forêts.
Forêt de biodiv
Les forêts abritent plus de 80 % de la biodiversité terrestre. Le plus gros réservoir de biodiv est dans les forêts primaires, qui ne sont pas exploitées par l’Homme. C’est 34 % des forêts dans le monde. Et il n’en reste qu’une seule en Europe.

D’ailleurs :
Les forêts sont notre pharmacie : un quart des médicaments modernes sont dérivés directement de plantes issues des forêts. L’écorce de saule a inspiré l’aspirine, la pervenche de Madagascar a permis de développer des traitements anticancéreux (vinblastine et vincristine). Les champignons forestiers sont à l’origine de nombreux antibiotiques et immunosuppresseurs…
Les forêts sont comestibles. Des millions de personnes vivent des fruits, noix, champignons ou gibiers des forêts. 90 % des personnes en situation de pauvreté extrême dépendent des forêts pour vivre. Personne ne peut être insensible à ça.
Forêt d’eau
Tu as déjà entendu parler des rivières volantes ? Haaa tu ne l’attendais pas celle-là !
Les arbres rejettent de la vapeur d’eau par évapotranspiration. En Amazonie, il existe de vraies “rivières volantes” qui transportent l’humidité sur des milliers de kilomètres. Si on supprimait 20–25 % de l’Amazonie, on pourrait perturber le cycle de l’eau dans le monde entier. De manière irréversible.
Ces forêts primaires sont en danger, et de magnifiques projets existent pour les soutenir. Regarde par exemple Green Sanctuaries, qui identifie les forêts à sauver et lève des fonds.
Maintenant qu’on a posé l’impact potentiel d’une forêt, voyons ce qui se passe souvent quand l’Homme décide de planter des arbres.
On adapte les forêts à l’industrie, pas l’inverse.
La forêt française est composée à 65% de feuillus. Les résineux sont minoritaires (pins, épicéas, etc.).
Le défi, c’est que planter des arbres est un business. Et on peut se retrouver bien loin de cet idéal historique.
L’industrie forestière se concentre sur les résineux. Ils poussent plus vite, et ils sont mieux calibrés. Un chêne met un siècle à pousser, ça n’est pas assez rentable.
Résultat ? On plante 80% de résineux en France métropolitaine.
Au lieu d’adapter l’industrie à nos forêts, on développe des forêts pour qu’elles s’adaptent à nos besoins.
Certains utilisent la forêt comme on utilise un champ agricole. On y produit ce dont on a besoin. On fait pousser une forêt, puis on coupe tout en une fois. On appelle ça “une coupe rase.” Puis on replante.
Difficile de se satisfaire d’un gain net d’arbres en Europe, si c’est pour qu’il dérègle totalement l’équilibre naturel des forêts ?
Et si on adaptait notre industrie à nos forêts plutôt que l’inverse ?
De plus en plus de forestiers utilisent la “coupe jardinatoire”. Ils coupent régulièrement des arbres au milieu de la forêt, pour donner plus de lumière à d’autres. Et le cycle naturel peut continuer de manière illimitée.
C’est le modèle promu par Ecotree par exemple, une belle aventure entrepreneuriale Française. Mais aussi par Kloros, qui gère des forêts pour des propriétaires soucieux de la préservation des écosystèmes.
La super asso Pro Silva appelle ça “Sylviculture Mélangée à Couvert Continu”. SMCC pour les intimes. On réconcilie business et écologie :)
Mais le challenge est important. La raison pour laquelle on produit massivement des résineux aujourd’hui est qu’il y a une forte demande pour du bois pas cher…
On ne passe pas facilement d’une forêt mono essence comme dans les Landes à une forêt mixte en SMCC. Pour passer d’un modèle à l’autre, ça prend du temps. Il faut trouver des leviers de financement. On s’inspire de l’agriculture et du passage du conventionnel au bio (coucou PourDemain) ?
Les effets pervers du bois d’industrie et du bois énergie.
Le bois d’œuvre est ce qui est utilisé pour faire de belles poutres par exemple. Quand on coupe un bel arbre, c’est surtout pour le bois d’œuvre.
Ensuite on valorise les moins beaux morceaux comme les branches. On en fait :
Du bois d’industrie (BIBE pour les intimes) pour créer des palettes par exemple.
Du bois énergie pour le chauffage (ex des pellets de bois).
Ça paraît être du bon sens.
Malheureusement, la pratique est souvent différente. On fait parfois pousser des arbres pour les engloutir à 100% en bois énergie ou en bois industrie.
Le documentaire Sur le Front dénonce ces dérives de l’industrie du bois. Par exemple, d’anciennes centrales à charbon sont transformées en centrale de production d’énergie par le bois. Sur le papier c’est pas bête : on utilise l’infrastructure d’une vieille centrale et on crée une énergie “verte”.
Mais comme souvent la dérive arrive vite :
On importe des milliers de tonnes d’arbres entiers de l’étranger, même du Brésil. Pour être broyés et brûlés, bois d’œuvre compris.
Les particules fines émises par ces énormes centrales sont très nocives. Ça n’est pas parce que c’est du bois que c’est meilleur pour la santé que le charbon.
Des centaines de scientifiques alertent sur ces dangers.
Les centrales à biomasse peuvent créer de l’énergie verte. Mais uniquement si c’est à petite échelle et si on transforme les co-produits des arbres locaux. Pas les troncs d’arbres complets de l’étranger…
Il y a carbone et carbone dans nos forêts.
Si on rase totalement une forêt pour replanter une forêt de Douglas, on émet plus de CO2 qu’on en absorbe. Ça fait bizarre pour quelqu’un dont le métier est de planter des arbres non ?
Comment ça se fait ?
Un arbre capte le CO2 de l’air. C’est simple. Quand il est jeune, il en capte beaucoup pour grandir. Quand il est vieux il en capte moins. On appelle ça le flux de CO2.
On pourrait alors se dire qu’il vaut mieux raser les arbres dès qu’ils vieillissent pour n’avoir que des arbres jeunes qui captent beaucoup de CO2 ?
Haaa mais non. Ça serait oublier l’essentiel. Il ne faut pas confondre flux, et stock de CO2.
Les forêts jeunes ont une croissance et un taux de séquestration plus élevés (flux), avec des stocks de carbone plus faibles.
Avec l’âge, le taux de séquestration diminue, mais les stocks continuent à être énormes.
Lorsqu’on va couper tous les arbres, on va libérer tout le stock de CO2 de la forêt. Il s’est accumulé parfois depuis des centaines d’années. Dans les arbres, les feuilles, l’humus du sol.
Les meilleurs experts sont unanimes :
Avant de planter des arbres, on peut déjà laisser pousser ceux qui existent. Il faut que l’arbre planté vive suffisamment longtemps pour capter le carbone qu’il est supposé capter durant toute sa vie.
Il faut limiter les coupes rases, comme le préconise l’Ademe. Elles permettent une exploitation rapide et homogène du bois, comme si une forêt était un champ de blé. Mais elles ont des impacts écologiques énormes :
Disparition brutale des habitats pour la faune et la flore.
Appauvrissement des sols, et libération d’énormes quantités de CO2 stockés dans les sols et la biomasse.
Perturbation du cycle de l’eau.
Les forêts issues de coupes rases sont plus fragiles face aux sécheresses, maladies et incendies. Encore plus si elles sont replantées en monoculture. Pas ouf dans un contexte de réchauffement non ?
Il faut plutôt viser une coupe “jardinatoire”. Prélever progressivement des arbres dans la forêt et pas d’un seul coup. C’est ce que tu vois quand un bûcheron marque à la bombe de peinture rouge les arbres à couper et ceux à garder.
C’est fou de voir le nombre de parallèles qu’on peut faire entre cette production forestière intensive et l’agriculture intensive.
Et c’est ça qui a fait que le projet “Planter 1 milliard d’arbres d’ici à 2032” est critiqué, vu par certains comme une “supercherie”.
Nos forêts sont en burn-out ?
Le problème, c’est qu’on demande trop de choses à la fois à la forêt :
On veut qu’elle produise de l’énergie, des palettes, des poutres, des maisons. Parce qu’on veut moins utiliser de pétrole.
On veut qu’elle soit jolie pour les balades pour certains, voire qu’elle permette de chasser pour d’autres.
Mais on veut surtout qu’elle capte plus de CO2 et qu’elle compense nos émissions. Pour compenser nos vols par exemple.
Le tout en subissant le changement climatique, avec ses incendies et maladies à répétition.
Pas possible :) La forêt ne peut pas être un puits infini de carbone.
La France a défini un plan pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Ça s’appelle la Stratégie Nationale Bas Carbone. On adore les plans.
Dans ce doc, on se dit que la forêt Française pompera 80 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an d’ici 2050 (80Mt eq.CO₂/an).
C’est possible, si on décide que c’est le rôle de la forêt et qu’on arrête de l’embêter pour le reste.
Sauf qu’en 2000, la forêt avait pompé 45 Mt d’équivalent CO2. Et en 2020, c’était déjà trois fois moins. Plus que 14 Mt. C’est en chute libre.
On demande trop à nos forêts, et on quitte les frontières du réalisme. Il faut agir pour inverser la tendance ?
D’ailleurs la nouvelle stratégie bas carbone (SNBC3 pour les intimes) a acté l’incertitude du puits de carbone forestier.
Les forêts en décalage climatique
Plus d’un tiers des espèces d’arbres européennes seraient inadaptées au réchauffement climatique d’ici 2100. Oups, comment on fait ?
Beaucoup d’arbres se meurent déjà en silence avant même d’arriver à maturité.
Donc là tu as deux visions qui s’opposent :
Il faut adapter la forêt face au changement climatique. Introduire des espèces méditerranéennes dans le Nord par exemple. Parce qu’un arbre va pousser pendant des dizaines d’années, et qu’il n’est pas vraiment au courant que le climat va changer.
La nature s’en sort très bien toute seule, elle n’a pas besoin de nous. Et on la laisse évoluer.
Comme souvent, la vérité est au milieu.
La Nature pourra évidemment s’adapter toute seule, elle n’a jamais eu besoin de nous. C’est nous qui allons en baver. Ce process d’adaptation mettra des centaines d’années, la planète se réchauffera, la biodiversité sera impactée, et l’Humanité bien embêtée.
Donc on peut lui donner un coup de pouce avec de la migration assistée. On aide les espèces à “migrer” plus vite qu’elles ne le feraient naturellement. Pour préparer les forêts au climat de 2050–2100, on tente par exemple d’introduire des hêtres de Provence dans la Meuse ou des chênes méditerranéens en Belgique.
On n’a pas envie de trancher ici l’épineux débat sur notre rapport complexe à la nature. Chacun se fera son avis.
Mais on n’a pas le luxe non plus de se planter quand on plante de nouvelles espèces. Les plans de reboisement se soldent souvent par des échecs (38% en 2022, 15% en 2024 en France). Expérimenter de nouvelles espèces n’est pas bête, mais attention de ne pas mettre toutes nos bûches dans le même panier ?
L’outil ClimEssences est très cool. Il aide à la réflexion sur le choix des essences en fonction des scénarios climatiques.
Et plus globalement si tu te passionnes pour les enjeux de nos forêts, All4trees a l’air d’être une asso canon pour s’engager. On devrait tous s’y intéresser et apprendre à mieux connaître les arbres. L’app Plantnet est cool pour les identifier.
3. Défis 🤝 : On passe à l’action ?
Nos forêts sentent un peu le sapin. On montre de quel bois on se chauffe ?
Le premier défi est l’échelle de temps.
Il faut 150 ans pour qu’un chêne arrive à maturité… Et il peut vivre plus de 13 000 ans ! Les projections sur la forêt en 2050, c’est demain matin voire déjà hier (d’où la gestion forestière). 25 ans, c’est du court terme pour une forêt.
Le temps long pour une startup, un Maire ou un Président de la République, c’est plutôt 5 ans. Décalage ?
Ça n’est pas une raison pour procrastiner. Alors on plonge :)
Investir dans la forêt
Avant tout, tu peux t’inscrire au webinaire “Investir dans la forêt” organisé par Gaël (qui avait co-écrit avec moi sur l’épargne) le 14 octobre à midi.
Ensuite, si tu es particulier :
Tu peux acheter ta propre parcelle et la faire gérer durablement. Comme avec Kloros, un gestionnaire forestier français engagé lancé notamment par Victor, qui était à Parés à virer la semaine dernière. Ou avec Neosylva !
Tu peux investir à partir de 1 000 euros dans une foncière engagée comme Cerf Vert. Attention, si tu investis dans une foncière “traditionnelle”, tu finances à priori les coupes rases.
En achetant des arbres individuellement. Comme avec Ecotree en France.
Si tu veux creuser l’investissement, Max Thillaye de Boullay semble bien expert.
Si tu veux investir avec ta boîte dans des projets “carbone” :
Tu peux investir dans des forêts à moins de 100 km de ton usine, pour préserver sa biodiversité. C’est ce que fait “Nos Grandes Forêts”.
Un groupe Français semble aussi sortir son épingle du jeu en France, Roumanie et au Brésil pour développer des forêts plus durables avec l’investissement de particuliers et entreprises : le groupe SLB.
Tu peux aussi creuser les gros acteurs internationaux comme Reforest action (Pionniers), ou Landlife aux Pays-Bas.
Outiller les forestiers
Avant quand on était forestier, on appliquait un plan de gestion validé pour 20 à 50 ans. Plutôt stable comme job.
Aujourd’hui, on leur demande de gérer dans l’incertitude totale :
Passer d’une “gestion en bon père de famille” à une gestion “en mode startup”.
Gérer des incertitudes partout : changement climatique, épidémies, incendies. Ils doivent innover, expérimenter.
C’est un métier à réinventer. Ils ont besoin de soutien, d’outils, de data et de profils qui aiment tester des nouvelles solutions.
Et si on les aidait ?
Il faut former aux métiers de la forêt. Les difficultés de recrutement sont massives, les besoins changent.
Idée : une formation / reconversion à créer ? Relis ce plongeon qu’on avait écrit sur la formation et les nouvelles écoles.
On peut faire pas mal de parallèles avec la transition agricole. Il existe les slasheurs-cueilleurs pour multiplier les doubles actifs. Peut-être qu’il faudrait des slasheurs-forestiers ?
Il faut aussi développer des technos.
Kanop et Goodforest développent des solutions IA et des outils de gestion de la donnée par exemple.
Morfo développe des solutions autour de drones pour la restauration d’écosystèmes.
Idée : Pourquoi pas travailler par exemple sur des Exosquelettes et autres moyens de réduire l’effort physique ? Parce qu’aujourd’hui le problème, c’est que la coupe rase mécanisée est bien moins usante pour le forestier que les méthodes plus manuelles... Le problème ? C’est un métier avec peu de marges pour financer des outils.
Créer un approvisionnement en bois sain et local
On est complètement schizophrènes quand on y pense.
On veut plus de produits et de constructions en bois… sans couper les arbres.
On veut moins de pétrole (donc potentiellement plus de biomasse)... sans couper les arbres.
On veut lutter contre la déforestation importée. Alors on veut du local… Mais en même temps on ne veut toujours pas couper des arbres.
Les produits bois à longue durée de vie prolongent le stockage du carbone. C’est une très bonne chose.
Une belle charpente et une table en bois massif vont stocker le carbone pendant plusieurs décennies voire siècles.
Ils permettent en plus d’éviter les émissions des produits ou énergies que le bois remplace. Comme une charpente en béton ou en métal, ou une table en plastique.
Le problème, c’est d’aller importer du bois de l’autre bout de la planète pour créer une table qui fera plus écolo.
Il faut recréer des chaînes d’approvisionnement en local. Comme dans l’agriculture.
L’approvisionnement local, traçable et durable, c’est par exemple ce que veut faire la jeune boîte Matière. Un projet qui se lance, mais à suivre de près parce que les intentions sont canons. Ça fait penser aux écosystèmes créés par Foodbiome dans l’alimentation.
Regarde aussi du côté des scieries mobiles, comme celle de Kloros. C’est un super moyen de recréer de l’appro local. De manière générale, il faut investir massivement dans les scieries. Si on veut qu’elles soient moins spécialistes des résineux, il faudra les accompagner.
Des experts forestiers remontent aussi le besoin de mieux valoriser les feuillus secondaires, pour qu’il y ait plus de motivation à les garder. C’est le cas de l’aulne, de l’alisier, du cormier, du merisier. Il faudrait repenser des filières pour remettre ces essences au centre.
Comme on a pu le faire dans l’agriculture avec la valorisation des légumineuses parce qu’elles sont utiles écologiquement. Hari&co en a fait son ingrédient principal par exemple.
On peut aussi faire le parallèle avec le défi de valoriser les poissons locaux ordinaires oubliés des étals (vieille, carrelet etc.), dont on avait parlé dans le plongeon sur la pêche.
Idée : développer un projet de produit en bois qui prend comme matière première le feuillu français, avec comme mission de revaloriser la qualité des forêts françaises ?
Gérer durablement les forêts existantes
La plantation d’arbres est parfois importante, par exemple suite à des incendies ou des maladies. Mais il faut penser à multiplier les espèces et créer des écosystèmes avant de créer des forêts.
Regarde ce que fait Racines de France, ils prennent soin de chaque projet.
En France, 75% des forêts sont privées. Elles sont très fragmentées. Il y a 3,3 millions de propriétaires, dont deux tiers de “petits propriétaires” de moins d’un hectare ! Beaucoup ne savent même pas qu’ils le sont !
Une très grosse part de ces micro bouts de forêts ne sont juste pas gérés. De nombreux scientifiques avancent qu’une gestion durable est bien mieux qu’aucune gestion du tout.
Idée : il faudrait trouver un modèle pour ces milliers de morceaux de forêts morcelés. Un projet pour mutualiser leur gestion entre de multiples propriétaires ?
On peut aussi planter dans des zones non forestières, comme en ville. Tu as déjà vu les forêts urbaines, comme les micro-forêts Miyawaki ?
C’est ce que fait par exemple Graines de Forêts.
Il faut être attentif aux essences, pour créer un projet adapté à la biodiversité locale. Mais si on remplace un terrain bétonné, c’est que du positif ?
Si elles remplacent un “espace vert” classique, elles impactent positivement la ville s’il y a plus de diversité, de fraîcheur, de biodiversité.
Idée : lancer des micro-forêts en ville est aussi une super idée de projet, assez intéressant !
Mieux valoriser économiquement les services rendus par les forêts
Depuis 2019, le Label bas carbone permet de rémunérer les gestionnaires forestiers pour le carbone stocké. C’est logique, la plus grosse valeur économique des forêts reste leur capacité à nous faire tous respirer…
Des entreprises financent des projets forestiers durables, pour compenser leurs émissions. Si ça peut permettre de régénérer la forêt française, pourquoi pas.
Regarde ce que fait par exemple la startup La Belle Forêt. Ils génèrent des crédits carbone dans le cadre du Label bas carbone, et ils valorisent les co-bénéfices biodiversité et eau. Par exemple EDF leur a acheté pour 1,8 million d’euros de crédits carbone « améliorés » pour permettre au domaine de Chambord de préserver la biodiversité de sa forêt.
Le bilan du label bas carbone est souvent critiqué. Il reste un moyen important de financement de la filière, mais sa crédibilité est en jeu depuis que le gouvernement a choisi de ne pas faire évoluer la méthode de calcul alors qu’elle semble en décalage avec la science.
Un sujet de discorde entre Canopée, le “Greenpeace de la forêt” en quelque sorte, et beaucoup d’acteurs du secteur. Va voir les analyses de Canopée, c’est intéressant !
Du coup, je ne me permets pas de reco de projet ici, et je te conseille d’aller interroger les entrepreneurs :)
Créer des produits “Zéro déforestation”
À ton avis, quels produits génèrent le plus de déforestation au monde ?
L’huile de palme
Le bœuf, et son alimentation en soja
Le bois. Logique 🙃
Donc pour lutter contre la déforestation, il faut créer des alternatives à ces produits.
Il faut des certifications et de la traçabilité pour que le consommateur comprenne l’impact majeur de ses achats. C’est l’objectif du Règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts, dont l’entrée en vigueur a déjà été reportée d’un an et devrait subir un nouveau report d’un an.
Mais nous, on peut surtout créer des boîtes !
Des alternatives au bœuf ? Au Nutella ? À l’huile de palme ?
Et même des alternatives durables au bois ?
Développer l’économie circulaire du bois
On peut favoriser le recyclage des fibres, cartons et papiers pour diminuer la pression sur la forêt comme source première de matière.
On peut aussi innover sur les modèles. J’adore par exemple ce que fait Enky. Avec leur abonnement de meubles pour entreprises, ils créent une économie circulaire des meubles en vendant l’usage et non la propriété. Comme dans notre plongeon sur l’économie de la fonctionnalité.
À petite échelle, Marion crée du super mobilier à base de palettes jetées, qu’elle met en location avec Ti-wood.
Les idées de projets sont illimitées ici !
Miser sur l’agriculture pour sauver les forêts
Une agriculture durable et productive peut augmenter la fertilité des sols agricoles. Si les rendements augmentent, il y a moins besoin de déboiser. C’est surtout le cas dans les pays en voie de développement.
L’ONG Noe aide par exemple les populations locales à développer des pratiques d’agroforesterie pour éviter qu’elles déboisent les espaces naturels. C’est fascinant.
Ce type de projet génère à la fois un impact social et écologique massif.
Limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C
Last but not least, ça peut paraître tarte à la crème, mais il ne faut pas oublier que le changement climatique est l’une des principales causes de perte de valeur forestière.
À cause de la sécheresse, des incendies, des ravageurs, de l’impact sur la biodiversité.
Respecter les objectifs climatiques de l’Accord de Paris permettrait de réduire les pertes forestières.
Alors ralentissons, plaçons notre épargne dans des projets responsables (ex Goodvest sur l’assurance vie ou le PER, la Nef pour la banque, et toutes les super foncières comme Feve, Bellevilles and co).
Si ça t’intéresse d’aller plus loin dans les inspirations :
Va voir les +160 commentaires sous mon post Linkedin. Chacun recommande des entrepreneurs et experts qui se battent pour le futur de la forêt. Je n’ai pas pu parler de tout le monde. Et tu verras d’ailleurs que tout le monde n’est pas d’accord :)
Cette chaîne de valeur des acteurs construite par Pascal Garnier est canon !
👏 C’est terminé pour ce Plongeon. Merci de l’avoir lu jusqu’au bout !
À qui tu pourrais le partager ? C’est uniquement comme ça que Le Plongeoir grandit.
Mets un petit like / commentaire avec ton ressenti :)
🙏 Énorme merci à Ingrid Vanhée et Alice pour la coécriture.
Merci aussi à Pierre et sa super newsletter, il m’aide à communiquer ce contenu au plus grand nombre, notamment par Linkedin.
À très vite,







Une super édition ! Je vais en faire un post LinkedIn.
Petit bémol : je l’ai trouvée un peu longue. Avec un quart de contenu en moins voir 1/3, la lecture aurait été parfaite.
Ces éditions sont toujours riches en infos (et j’adore), mais pour mieux les retenir, deux options :
• soit les couper en deux,
• soit en publier deux par semaine pour faciliter la digestion et vraiment capter toutes les idées.
Elle m’a pris plus de 15 minutes à lire (30min car dense en nouvelles informations) . Même si je ne suis pas le plus rapide, je pense ne pas être le seul dans ce cas.
Hello Guillaume,
J'aime beaucoup ce retour à l'époque où tu proposais beaucoup d'idées de boîtes mais aussi où tu mettais beaucoup projets diversifiés en avant.