Hello les plongeurs, voilà la newsletter du Plongeoir #68.
Aujourd’hui on creuse un sujet qui me tient énormément à cœur : la valorisation de l’agriculture par les circuits courts. J’espère que ça te plaira ;)
Pour commencer, inscris-toi au webinaire de Foodbiome "Investir pour repenser l’alimentation dans nos territoires”. Ça sera le 13/03/2025 à 12h !
Le partenaire du jour : FoodBiome
C’est clairement LA boîte à suivre si tu t’intéresses aux circuits courts ou à la relocalisation de l’agriculture.
FoodBiome est une entreprise à mission qui développe 3 modèles puissants :
FoodBiome Entrepreneurs : incuber, soutenir et financer les entrepreneurs et intrapreneurs qui développent des modèles au service des circuits courts et de proximité. Depuis 2020, ils ont accompagné 9 startups et co-créé 3 entreprises. Idéal si tu veux lancer ta boîte !
FoodBiome Conseil : concevoir et mettre en œuvre des projets de relocalisation alimentaire sur les territoires pour le compte de clients publics et privés. De vrais experts.
Aujourd’hui, ils lancent FoodBiome Partners, un véhicule d'investissement (SCR) au service de la résilience alimentaire, ouvert aux personnes physiques et morales à partir de 100k€.
Inscris-toi au webinaire "Investir pour repenser l’alimentation dans nos territoires”. Perso j’y serai, ça sera super intéressant !
Si ce n’est pas déjà fait tu peux aussi :
Devenir sponsor : Il suffit de répondre à l’email. Prochaine dispo le 14 mars : l’occasion de tester ?
Rejoindre la communauté Plouf pour rencontrer des personnes qui veulent lancer une boîte et construire un futur plus cool. Objectif : trouver des associé.es !
Lire les précédentes newsletters du Plongeoir.
C’est partiiii
Si tu as 30 secondes
Constat 🧐 : Les agriculteurs captent à peine 13 % de la valeur de nos repas, alors que les intermédiaires se sont multipliés pour rendre notre alimentation toujours plus pratique. Les circuits courts peuvent tout changer pour réinvestir dans les fermes.
Sujet 🤓 : En achetant en circuits courts, on joue à Robin des bois. On prend de la valeur chez les intermédiaires, et on la réinvestit dans les fermes. Rien de tel pour que les agriculteurs vivent mieux, et qu’ils puisse investir dans l’agroécologie et le bio.
J’ai co-écrit cette newsletter avec Paul Charlent, cofondateur et ex-CEO d’Alancienne et président de Fermcoop. Il est aujourd’hui manager de transition au service de PMEs de l'économie sociale et solidaire. Il les accompagne sur des sujets de restructuration, hypercroissance, cession/acquisition et transition écologique. Il est en train de passer son CAP cuisine et est toujours partant pour une bonne bouffe ;)
Merci aussi à l’habituelle Alice Carré-Seemuller, qui m’aide dans l’écriture de ces plongeons.
On plonge ?
Si tu as 5 minutes
Au programme :
Constat : la production agricole n’est pas assez valorisée.
Sujet : recréer de la valeur dans les produits.
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1. Constat 🧐 : la production agricole n’est pas assez valorisée.
Les grandes personnes aiment les chiffres.
1,5 : nombre d’agriculteurs qui se suicident chaque jour en France. Précarité, surendettement, isolement social, le risque de mortalité par suicide est 77% supérieur aux autres métiers… Dans quel monde on accepte ça ?
16% : proportion des agriculteurs français vivant sous le seuil de pauvreté. C’est super variable selon la taille des fermes et le type de production : 21,5% chez les éleveurs, et 11% chez les viticulteurs. Dans le monde, 80% de ceux qui ont faim sont ceux qui nous nourrissent.
39% : part de la valeur captée par les agriculteurs de 1959 à 2009, contre 51% pour l’industrie agro et la grande distri. Les producteurs sont les principaux perdants des gains de productivité de l’agriculture.
10% : part du circuit court dans la consommation alimentaire en France. C’est peu, mais ça progresse vite : + 28% entre 2018 et 2021. Le circuit court serait-il le robin des bois de l’agriculture ? Reprendre de la valeur chez les distributeurs, et la renvoyer à l’agriculteur ?
53% : part des agriculteurs bio qui vendent en circuits courts. C’est bio-coup plus que la moyenne des exploitations françaises (23%).
Les intermédiaires se sont multipliés
En 1960, un français consacrait 34% de son budget à la bouffe. Aujourd’hui, c’est 20%. On dépense moins pour manger ?
Non, le budget alimentaire stagne. On dépense plus pour le logement. Et on s’est créé un tas de nouveaux besoins.
Mais le plus important c’est que notre alimentation n’a plus rien à voir, et que ça change tout pour l’agriculteur :
On cuisine moins. En 1986, on passait 25% plus de temps en cuisine qu’aujourd’hui. C’est ce qui donne le paradoxe de la patate par exemple. Les produits dérivés de la pomme de terre progressent (+3% par an en volume par habitant) mais les pommes de terre brutes reculent (-0,8%). On veut du pratique, donc ça favorise les produits transformés. Et pas les produits bruts de nos agriculteurs. Les plats préparés ont été boostés de 4 % par an depuis 1960.
On mange moins souvent chez soi. Nos repas à la maison représentent 75% du budget alimentaire contre 86% en 1960.
Moins tu cuisines, plus il y a d’intermédiaires entre l’agriculteur et toi.
Ça explique en grande partie la difficulté de revenu des agriculteurs. Les agriculteurs touchent uniquement 7% des dépenses alimentaires des Français. Oups.
Cas pratique : si le consommateur paye un kilo de pâtes 1,57€/kg, combien revient au céréalier ?
35 centimes d’euros. C’est fou. Le reste ira aux intermédiaires de la transformation (0,72€), aux grandes et moyennes surfaces (0,41€) et à l’Etat (TVA : 0,08€).
Pire encore pour le kilo de yaourt acheté 2,63€ : l’éleveur ne touchera que 25 centimes. On comprend que les éleveurs ne boivent pas du petit lait.
Au global en France, sur 100€ d’alimentation dépensés :
10,5 € paient de l’alimentation importée
10,5 € paient des taxes
66,2 € paient de la transformation et de la distribution
Et … 12,8 € paient des agriculteurs français.
On a besoin d’une agriculture toujours plus saine, qui respecte toujours plus l’environnement. Mais il faut avoir les moyens d’investir dedans.
Et si on court-circuitait le système ?
Définition
Les circuits courts sont un mode de commercialisation de produits agricoles soit directement du producteur au consommateur, soit par un seul intermédiaire.
Donc les circuits courts englobent :
La vente directe de l’agriculteur au consommateur. Par exemple la vente à la ferme, ou sur un marché.
La vente indirecte avec un seul intermédiaire. Par exemple un restaurant qui valorise des producteurs locaux, ou un supermarché qui travaille en direct avec un producteur.
… Et c’est tout !
Il n’y a aucune notion de distance dans le circuit court :
Imagine que tu achètes une bouteille de vin australien directement à la propriété depuis la France. C’est du circuit court.
Imagine maintenant que tu achètes une bouteille de vin local au caviste du coin. S’il l’a acheté à un grossiste, il y a 2 intermédiaires. Ce n’est plus du circuit court.
Mais alors à quoi ça sert ?
2. Sujet 🤓 : Les circuits courts permettent d’investir dans l’agriculture.
Voilà ce que permet le circuit court :
Investir dans la production. Tu renvoies du blé à l’agriculteur, même s’il n’est pas céréalier. Pour qu’il arrête de faire en permanence le choix entre son revenu futur et la santé des gens qu'il nourrit. Entre se nourrir lui-même et nourrir les autres.
Recréer du lien entre consommateurs et producteurs. Leurs échanges sont bénéfiques pour le consommateur qui se reconnecte à l’agriculture. Et pour l’agriculteur qui s’adapte plus vite à leurs besoins.
Accélérer la transition bio et agroécologique. Quand tu vends en direct à ceux qui mangent tes produits, tu es beaucoup plus attentif à la qualité. Imagine que tu te dis que tu as un peu forcé sur les pesticides cette année. Difficile de vendre tes légumes à quelqu’un qui pousse une poussette sur le marché…
Tout s’enchaîne ensuite, quand la transition a démarré : régénération des terres, préservation de la ressource en eau, développement de la biodiversité, captation naturelle de carbone…
Fascinant cet enchaînement. Comme quoi on a tous un pouvoir d’impact sur l’agriculture autour de chez nous.
Mais alors ça démarre par où ?
Chacun peut faire le premier pas, comme dans un couple quoi :
Les 315 producteurs de CrowdFarming dans 8 pays envoient leurs caisses de produits frais directement au consommateur : l’agriculteur se rapproche du consommateur.
64% des exploitations en circuit court pratiquent la vente directe à la ferme : le consommateur se rapproche de l’agriculteur.
Et parfois il y a une agence matrimoniale qui aide :
Un restaurant permet aux producteurs locaux de distribuer aux consommateurs pour 22% des exploitations en circuit court.
La grande distri joue ce rôle dans 17% des cas, même si ça peut paraître contre-intuitif. Comme Intermarché et sa démarche « zéro intermédiaire ».
Alors, on les booste ces circuits courts ?
Le partenaire du jour : FoodBiome
C’est la boîte à suivre si tu t’intéresses aux circuits courts.
Inscris-toi à leur webinaire "Investir pour repenser l’alimentation dans nos territoires”. Ça sera le 13/03/2025 à midi !
Si tu as 10 minutes de plus
Si tu as 10 minutes de plus, je te propose de plonger dans les enjeux majeurs derrière les circuits courts. Ils peuvent recréer énormément de valeur, pour rendre les agriculteurs plus indépendants. On va voir comment ils influencent l’impact environnemental et même la qualité de ce qu’on mange.
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3. Enjeux 🤓 : Recréer de la valeur dans l’agriculture.
Commençons par comprendre d’où viennent les circuits courts, et comment la valeur s’est progressivement diluée dans les circuits de distribution. Un peu d’histoire ne fait jamais de mal :)
Dates clefs
Vers 200 avant J.-C. : Marchés locaux dans la Rome antique. À Rome, les marchés locaux appelés macella étaient très répandus. Ils permettaient aux agriculteurs de vendre directement leurs produits aux habitants de la ville.
1850s : Développement de la “ceinture maraîchère” autour de Paris. Elle comptait 2 500 maraichers en 1912, et chacun vendait sur les marchés.
1920s : Apparition des coopératives agricoles, pour aider les agriculteurs à se regrouper et vendre leurs produits en commun.
1950s : Naissance des supermarchés et des centrales d'achat. C’est le début des canaux de distribution centralisés. Objectif prix bas ! On éloigne petit à petit les producteurs et les consommateurs.
1960s : Développement des engrais et pesticides. Il faut nourrir le plus de monde possible, et baisser le coût de l’alimentation.
1970 : La surface moyenne d’une ferme est de moins de 20 hectares. C’est devenu 69 ha en 2020. Plus les fermes sont grandes, plus ça nécessite des circuits de distri globaux.
1980s : Création de magasins de producteurs. Pour permettre aux agriculteurs de vendre en direct, mais en commun.
1998 : Lancement des premières AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). Importé du Japon et des États-Unis, ce modèle garantit un revenu stable à des agriculteurs locaux grâce à un abonnement mensuel.
2010 : Création de la plateforme “La Ruche qui dit Oui !”. Les consommateurs commandent en ligne et récupèrent leurs achats auprès de producteurs locaux dans une “ruche”.
2014 : Création des Plans alimentaires territoriaux (PAT) pour fédérer les acteurs d'un territoire autour de la question de l'alimentation. 10 ans plus tard, il y en a 454. En 2022 est lancé ObSAT, le 1er observatoire des systèmes alimentaires territorialisés, dédié aux circuits courts et de proximité.
2019 : Loi EGalim : La loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire encourage les circuits courts.
2020 : Il y a 139 maraîchers dans la couronne parisienne, contre 74 en 2000. On est très loin des 2500 de 1912. Mais ça monte ! On relocalise doucement.
2020 : Aux Etats-Unis, faute de circuits courts de distribution, les producteurs jettent 750 000 œufs et 14 000 litres de lait par jour pendant la crise du COVID. Pendant le même temps, les banques alimentaires croulent sous les demandes, et n’ont pas assez à donner.
En France, la demande en circuits courts explose pendant le confinement, et l’adaptation de l’offre témoigne d’une plus grande résilience du système alimentaire. Le gaspillage alimentaire individuel diminue.2021 : La loi EGalim 2 veut protéger la rémunération des agriculteurs : contrat écrit pour la vente d’un produit agricole, mécanisme de révision automatique du prix, expérimentation d’un “rémunéra-score” depuis 2023 (affichage de la rémunération des produits agricoles)...
Reconnecter producteurs et consommateurs
Les produits sont ultra transformés, les marchés alimentaires sont globalisés, et on n’y comprend parfois plus rien du tout.
Le scandale de la viande de cheval représente bien la déconnexion entre producteurs et consommateurs :
Une société néerlandaise de négoce achète de la viande chevaline auprès d’abattoirs roumains pour la revendre à des fournisseurs français de Findus.
Le cheval se transforme comme par magie en bœuf entre la Roumanie et la France. Pas simple de détecter où est le cheval de Troie.
Au final, le consommateur français se retrouve à déguster en toute bonne foi de la viande équine dans ses lasagnes “au boeuf”. Qui vole un cheval vole un bœuf.
La nourriture, même carnée, est désincarnée. Standardisée.
Résultat : 1 enfant sur 4 (et plus d’1 sur 3 en Angleterre) ne sait pas qu’une frite vient de la pomme de terre. Ça pique. 87% ne savent pas reconnaître une betterave.
Alors, on recrée ce lien ?
Quand tu rencontres ton producteur au marché ou à la vente à la ferme, il y a fort à parier que tu gardes son visage en tête quand tu manges ses yaourts ou ses carottes. Promis, tes enfants comprendront le lien entre la pomme de terre et la frite ;)
La proximité entre le producteur et le consommateur a d’autres effets positifs :
Du côté du consommateur, ça renforce la sensibilisation aux enjeux environnementaux. Ça pousse à réfléchir, à comprendre ce qui est de saison et ce qui ne l’est pas.
Du côté du producteur, le lien direct donne envie de s’améliorer en permanence. Quand on voit son client chaque semaine, on a envie de se bouger pour le surprendre en bien. C’est différent quand on vend à un intermédiaire sans savoir qui sera au bout de la chaîne.
Les industriels ont bien compris cet intérêt d’incarner le producteur sur les produits :
Marque d’œufs La nouvelle agriculture
Campagne “Au lait de nos éleveurs” de Danone qui affiche le visage des producteurs sur les packs de yaourts.
Campagne d’Auchan “Solidaires pour soutenir nos producteurs”. La photo et la localisation de l’agriculteur permettent de capitaliser sur le transfert des caractéristiques du producteur vers le produit. On instaure la confiance dans la marque pour maximiser l’intention d’achat.
Mais au-delà des effets marketing qui mettent en scène un producteur lambda, c’est mieux si c’est le producteur réel qui est incarné non ?
Réduire la dépendance économique des agriculteurs
Plus le nombre d’intermédiaires est important, moins l’agriculteur a le pouvoir de fixer ses prix. D’où l’importance de raccourcir la chaîne.
En plus de tout ça, les agriculteurs sont aussi dépendants de subventions. Les aides directes versées par la Politique agricole commune (PAC) sont les plus connues. De 2020 à 2022, c’était 64% du résultat courant avant impôts des fermes françaises. 22% pour le maraîchage, 78 % en céréales.
Même son de cloche aux Etats-Unis.

Les aides réduisent la liberté de cultiver et créent une dépendance. Renoncer aux subventions gouvernementales a été une des meilleures décisions de ma vie pour garantir la rentabilité et la résilience de mon exploitation.
Gabe Brown, le “coût réel des subventions”.
Gabe Brown est un pionnier de l’agriculture régénérative et agriculteur super motivant du film Kiss the Ground.
Le circuit court : robin des bois de l’agriculture ?
Le circuit court est une façon de redistribuer la valeur. En supprimant des étapes de distribution traditionnelles, une plus grande part de la valeur générée revient directement aux agriculteurs. Rien de tel pour qu’ils puissent vivre mieux, et investir dans une production toujours plus saine et qualitative.
Chez Alancienne, plateforme de vente en ligne de produits ultra-frais et agro-écologiques en direct avec des producteurs locaux, 60 % du prix était reversé au paysan, rémunéré en moyenne 2,5 fois mieux que s'il passait par un circuit de distribution classique. Avec un prix final similaire aux primeurs de quartier.
Chez Cuisinons nos Paysages, l’idée est de créer un réseau de conserveries locales qui valorisent la production des agriculteurs en circuits courts. Ce qui est génial c’est qu’ils travaillent en flux poussés. C’est la conserverie qui s’adapte au volume et à la production de l’agriculteur et pas l’inverse. Rien de tel pour créer de la valeur pour l’agriculteur.
Revaloriser le Vivant
Sur le papier la manière de produire et les circuits courts n’a rien à voir. Mais on l’a vu au-dessus : quand on vend en circuit court on a tendance à investir dans sa ferme pour produire plus de qualité pour les consommateurs qu’on a chaque semaine devant soi.
Le modèle agricole basé sur la massification des circuits de distribution a épuisé le vivant. Il a poussé les agriculteurs à viser toujours plus de productivité. Plutôt que toujours plus de valeur ajoutée.
La conséquence est souvent l’érosion des sols, la diminution de la rétention d’eau et de la captation de carbone, la perte de biodiversité, etc.
Ces externalités négatives ont un coût environnemental mais aussi économique. La dépollution des eaux souterraines coûterait entre 490 et 742 milliards d’euros pour les nitrates et entre 32 et 105 milliards d’euros pour les pesticides.
Faut-il choisir entre nourrir le monde et respecter les écosystèmes naturels ? Et non, heureusement. Malgré des écarts de rendement avec l’agriculture conventionnelle, l'agroécologie peut nourrir le monde.
Le moyen ? Végétaliser ne serait-ce qu’un peu notre assiette. L’objectif n’est pas de tous devenir vegan car l’agroécologie laisse une place à l’élevage, mais de redonner le sens des proportions à l’alimentation en la végétalisant.
71% de terres agricoles sont destinées à l’alimentation animale en Europe. Avec seulement 10%, on pourrait nourrir la France.
Dans le monde, seule 16% de la surface agricole est utilisée pour nourrir les hommes, mais représente 83% de l’apport calorique et 62 % de l’apport protéique.
Alors on mange un peu moins de viande, on achète en circuits courts, et tout le monde a le sourire ;)
Développer une alimentation plus saine
Les circuits de distribution massifiés ont rendu les fruits et légumes de moins en moins nutritifs. Les nutriments ont par exemple baissé de 6% en moyenne pour les protéines et 38 % pour la vitamine B2 entre 1950 et 2019. Il faut prendre chaque chiffre avec des pincettes parce qu’on ne mesurait pas aussi bien les nutriments en 1950. Mais la tendance est clairement là.
Pourquoi ? Deux raisons principales :
Plus tu essaies d’obtenir de rendement avec une plante, plus tu dilues la qualité nutritionnelle. Si tu t’amuses par exemple à couper toutes les fleurs d’un fraisier sauf une, tu te retrouves avec une bombe nutritionnelle sur l’unique fraise restante. Si tu essaies à l’inverse de battre un record de fraises produites, tu dilues la qualité nutritionnelle.
Les circuits longs diminuent massivement la qualité. Une fois récoltés, la plupart des fruits ou légumes se détériorent heure par heure. Plus la chaîne logistique est longue, plus tu te retrouves avec un fruit ou légume qui a perdu sa valeur nutritionnelle.
Tu peux ajouter à ça l’alimentation ultra-transformée qui s’est développée massivement. Et même le manque de diversité des plantes cultivées, qui a un effet négatif sur les régimes alimentaires.
Bref, tout ça n’est pas ouf pour notre santé, il est temps que ça bouge.
Les pratiques agricoles impactent aussi la santé des agriculteurs. L'exposition aux produits phytosanitaires a des impacts importants sur leur santé. Plusieurs maladies sont reconnues “maladies professionnelles” pour les agriculteurs selon la sécu : maladie de Parkinson, lymphome malin non hodgkinien, cancer de la prostate.
Ces pathologies s’ajoutent à d’autres troubles : affections respiratoires, perturbations endocriniennes, troubles de la fertilité.
On s’éloigne un peu trop des circuits courts ? Et beh non, tout est lié. Si tu veux améliorer la sécurité alimentaire, il faut pouvoir la suivre.
Les circuits courts cochent quasi toutes les cases :
Traçabilité : il est plus facile de suivre l’origine et le process d’un produit quand la chaîne est courte. Ce témoignage autour de l’expérience de la biscuiterie Mère Poulard est fou. Ils se retrouvent à acheter du beurre aux Pays bas, alors qu’il a été produit à 90 km de leur usine de biscuit. Et même pour une si grosse boîte c’est compliqué à suivre…
Transparence : plus la chaîne est courte, plus il est facile de donner des informations aux consommateurs sur la production et les étapes intermédiaires pour leur garantir la qualité des ingrédients.
Temps : plus le temps entre la fourche et la fourchette est court, plus le risque est faible, surtout pour les aliments sensibles (produits frais).
Confiance : le respect des engagements et le partage de valeurs communes est plus simple quand il y a peu d’intermédiaires.
Devenir plus résilients
Lorsque j’étais chez Agricool, on avait participé à cofonder le “CNRA”, Conseil National Pour la Résilience Alimentaire, qui fait partie maintenant du Groupe SOS.
Si on accélère sur le développement des circuits courts, on sera plus résilients aux chocs économiques. Moins dépendants des fluctuations de prix mondiales.
Comme on l’évoquait dans la newsletter “Produire ce que nous importons”, la crise du Covid, les sécheresses, la guerre en Ukraine ou encore les attaques en mer Rouge prouvent à chaque fois à quel point on est fragiles et dépendants. Il faut raccourcir les chaînes d’appro.
Alors ça joue sur quoi précisément ?
Une distribution plus rapide et plus flexible. Pendant la crise du covid, les circuits courts ont montré qu’ils pouvaient s’adapter rapidement pour garantir l’appro en produits frais. Les chaînes mondiales étaient de leur côté totalement perturbées.
Une agriculture plus résiliente. Les circuits courts sont souvent basés sur des productions diversifiées, notamment en agroécologie. La rotation des cultures, et les couverts végétaux offrent des rendements plus stables. Ils réduisent la dépendance aux engrais et pesticides, et résistent mieux aux aléas climatiques (sécheresses, inondations).
Une résilience sociale. Les circuits courts créent des emplois locaux non délocalisables et renforcent les liens sociaux au sein des communautés.
Tu veux savoir si l’alimentation de ton territoire est résiliente ? Il existe même un baromètre pour le mesurer.
Voilà, c’est terminé pour aujourd’hui. Merci de nous avoir lus jusqu’au bout.
Vendredi prochain on se retrouve pour parler des défis pour développer les circuits courts. Hâte d’y être !
🙏 Énorme merci à Paul et à Alice pour la coécriture.
Merci aussi à Pierre et sa super newsletter, il m’aide à communiquer ce contenu au plus grand nombre, notamment par Linkedin.
J’ai deux derniers services à te demander :
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À très vite,



Merci pour cet éclairage ! Une question que je me pose depuis longtemps sur ce modèle et à laquelle vous ne répondez pas : Pourquoi les prix des produits en circuit court sont souvent beaucoup plus importants qu’en circuit traditionnel ? Assez naïvement j’espérai que la marge récupérée sur la distribution suffirait à mieux rémunérer le producteur... Mais visiblement ce n’est pas le cas !
Bravo! super format qui donne une vision éclairante d'un sujet si essentiel !